30-07-2026 15:52 - Vidéo. Sénégal : les propos de Cheikh Tidiane Gadio sur la «marocanité» de la Mauritanie provoquent une polémique

Vidéo. Sénégal : les propos de Cheikh Tidiane Gadio sur la «marocanité» de la Mauritanie provoquent une polémique

Yabiladi -- Le lancement d’un livre consacré au Sahara marocain à Dakar a donné lieu à un échange tendu entre un ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères et l’ambassadeur de Mauritanie, sur la question des liens historiques entre la Mauritanie et le Maroc. 

Une cérémonie organisée le 27 juillet à Dakar autour d’un ouvrage consacré au Sahara marocain a donné lieu à un échange tendu entre l’ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères Cheikh Tidiane Gadio et l’ambassadeur de Mauritanie au Sénégal, Mohamed Ould Abdallah Ould Othmane.

L’incident est intervenu lors de la présentation du livre «Le Sahara marocain : les enjeux géopolitiques de la grande cause nationale du Maroc», signé par l’ambassadeur du Maroc au Sénégal, Hassan Naciri, à l’occasion du 27e anniversaire de la Fête du Trône.



Durant son intervention sur le contexte historique du différend saharien, Gadio a soutenu que les frontières historiques du Maroc s’étendaient jusqu’au Sénégal et que la Mauritanie avait jadis fait partie du royaume marocain. Une lecture historique immédiatement contestée par l’ambassadeur de Mauritanie au Sénégal, qui a réagi fermement.

«J’ai écouté les propos de M. Gadio, et j’espère que ce n’est pas l’opinion de tous les Sénégalais concernant la Mauritanie.»

L’ambassadeur mauritanien a ensuite invoqué les combats menés, selon lui, par des populations de l’espace correspondant aujourd’hui à la Mauritanie contre les puissances coloniales dans la région de Saint-Louis au début du XXe siècle.

«Permettez-moi de rappeler qu’il existe à vos côtés un pays voisin, la Mauritanie (…) qui garantit aujourd’hui la stabilité dans la région du Sahel», a-t-il ajouté.

Une question hautement sensible en Mauritanie

Face à la montée de la tension, Hassan Naciri est intervenu pour appeler au calme et au dialogue. L’ambassadeur marocain a notamment insisté sur la nécessité de préserver la coopération régionale face aux défis auxquels l’Afrique est confrontée.

Après la cérémonie, plusieurs médias mauritaniens ont critiqué la présence de l’ambassadeur à cet événement consacré à un ouvrage défendant la position marocaine sur le Sahara. Certains y ont vu une contradiction avec la politique de neutralité revendiquée par Nouakchott dans ce dossier.

La question des relations historiques entre le Maroc et la Mauritanie demeure particulièrement sensible à Nouakchott. Les autorités mauritaniennes rejettent les lectures historiques présentant le territoire de l’actuelle Mauritanie comme ayant appartenu au Maroc et réaffirment leur attachement à la souveraineté et à l’intégrité territoriale du pays.

Le précédent le plus marquant remonte à 2016. Hamid Chabat, alors secrétaire général du Parti de l’Istiqlal, avait affirmé que les frontières historiques du Maroc s’étendaient de Sebta au fleuve Sénégal et présenté la Mauritanie comme un territoire marocain. Ses déclarations avaient provoqué de vives tensions entre Rabat et Nouakchott.

Le gouvernement marocain avait rapidement pris ses distances avec ces déclarations. Le ministère des Affaires étrangères les avait qualifiées d’«irresponsables», tout en réaffirmant «le plein respect du Maroc pour la souveraineté de la Mauritanie et ses frontières internationalement reconnues».

Dans ce contexte, le chef du gouvernement de l’époque, Abdelilah Benkirane, s’était rendu à Nouakchott pour contribuer à l’apaisement des tensions entre les deux pays.





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Commentaires (5)

  • activiobservat (H) 31/07/2026 16:51 X

    Diaspora pages--- Ce ministre sénégalais, M. Gadio, peut-être par excès de zèle dans sa manière d’exprimer son message, ou peut-être par erreur involontaire, a touché un sujet sensible de nature à polluer les relations diplomatiques de la Mauritanie avec le Maroc et avec le Sénégal. Son intervention sera encombrante et embarrassante pour les autorités des trois pays y compris le sien le Sénégal. Il doit donc retirer ses propos de façon très claire.

    Aux yeux des mauritaniens, ils se rappellent que la Mauritanie dans sa crise politique interne en 2009 avait préféré que le rôle de médiation entre les parties soit confié au Sénégal au lieu des autres voisins Maroc et Algérie, et c’était ainsi que le Président Wade avait impliqué le ministre Gadio dans cette mission.

    Il paraît que la Mauritanie n’avait pas voulu impliquer les autres voisins Maroc et Algérie dans cette médiation car elle évitait ces deux voisins puissants afin de garder une neutralité dans le plan de paix pour le Sahara occidental, car le Maroc et l’Algérie convoitent aussi bien la Mauritanie que le Sahara occidental, et qu’ils soient en temps de mauvaises relations ou de bonnes relations entre eux, ils constituent potentiellement une menace pour ces deux territoires Mauritanie et Sahara occidental.

    Il n’y a donc pas de travail diplomatique à faire par la Mauritanie dans ce conflit du Sahara. C’est peut-être la raison pour laquelle la Mauritanie n’accorde pas d’importance à son portefeuille diplomatique, et qu’elle y place comme ministre Ould Merzoug, une personne de niveau modeste et dont le rôle se limite à l’accueil des étrangers pour la forme mais pas pour le fonds, un ministre bégayant et absent et qui n’exprime aucun message.

    Par contre, la Mauritanie a un grand rôle à jouer pour se prémunir contre le danger de ces deux voisins en procédant à une mise en valeur à grande échelle de ses ressources naturelles et espaces en y impliquant des partenaires de l’orient et de l’occident, mais aussi ces deux pays voisins puissants Maroc et Algérie, et surtout le Sénégal qui est un voisin privilégié pour les mauritaniens et pour qui cela est vital…

    Les ressources naturelles et espaces de la Mauritanie doivent être exploités, la nature a horreur du vide, sinon elles seront exploitées par autrui…Le Maroc convoite ces deux territoires Mauritanie et Sahara occidental à cause des ressources naturelles et des espaces non mis en valeurs qu’ils ont pour une population seulement de 5,6 millions sur 1,3 millions Km2, alors que le Maroc a une population de 38 millions sur seulement 0,4 millions Km2…

    C’est certainement la raison pour laquelle lorsque la France a voulu exprimer son soutien pour le plan de paix marocain, le président Macron l’a justifié en disant que cela est vital pour le Maroc tout en évitant d’utiliser d’autres arguments comme les mauvaises interprétations historiques qu’apparemment le ministre sénégalais Gadio n’a pas évité d’utiliser…L’Algérie de son côté, elle convoite ces deux territoires Mauritanie et Sahara occidental, pas par expansionnisme vital comme le Maroc, mais pour d’autres raisons…pour sa sécurité.

    Enfin, revenons à l’acte le plus grave qui est la participation de l’ambassade de Mauritanie à l’évènement qui est fort probablement due à une maladresse et une désinvolture du ministre mauritanien Oul Merzoug qui ne mesure pas les conséquences diplomatiques de ses comportements.

  • analagjar (H) 31/07/2026 11:49 X

    Une erreur grossière d'appréciation de la part de cet ancien ministre des Affaires Etrangères qui exerce maintenant une activité de lobbying auprès de certains pays d'Afrique pour le compte d'Etats comme le Royaume du Maroc, ce qui explique peut etre un peu cela.. Par conséquent quand sa langue a fourché sur la présumée marocanité historique de la Mauritanie , il ne pouvait que s'attendre à une levée de boucliers de ses frères mauritaniens qui éprouvent pour lui respect et reconnaissance mais comme le dit l'adage qui s'y frotte s'y pique... Quant à notre ambassadeur à Dakar, il a commis une erreur d'appréciation, peut etre par inexpérience, en assistant à cette rencontre publique sur un dossier brulant comme le Sahara Occidental où notre pays affiche une position de stricte neutralité reconnue par tous y compris par le Royaume du Maroc En effet, au delà des relations nécessaires d'amitié et de fraternité que caractérise ce secteur vital pour le rapprochement des peuples, la diplomatie reste une affaire d'Etat, de principes et de respect réciproque.

  • activiobservat (H) 31/07/2026 01:09 X

    L’intervention du ministre sénégalais M.Gadio est donc une erreur d’interprétation de l’histoire de la région, « peut-être involontaire » et dans ce cas il devrait la rectifier compte tenu de son rang d’ancien ministre bien connu et du caractère sensible de la question car il va embarrasser les autorités mauritaniennes, et aussi les autorités marocaines en leur faisant un cadeau qu’ils n’ont pas demandé (à moins que cette déclaration du ministre n’ait été faite sur commande). Ceci dit, que des marocains aient des prétentions historiques d’unification avec les mauritaniens, ou inversement que des mauritaniens aient des prétentions historiques d’unification avec les marocains, c’est normal et cela est défendable. Mais l’évoquer de manière non concertée entre les autorités est sensible. Par ailleurs, par rapport à la position de neutralité positive de la Mauritanie dans la question du Sahara occidental, la présence de cet ambassadeur mauritanien à ce lancement d’un livre consacré au Sahara marocain à Dakar, a-t-elle été une initiative de l’ambassadeur lui-même ou du ministre des affaires étrangères mauritanien. Ont-ils été autorisés par le PM et le Président mauritaniens ? Imaginons que demain, à Alger, ou à Dakar, qu’il y ait lancement d’un livre consacré au Sahara autodéterminé libre indépendant, est-ce-que l’ambassadeur mauritanien y assistera ? Espérons que cette présence de cet ambassadeur mauritanien à ce lancement d’un livre consacré au Sahara marocain à Dakar n’a pas été une maladresse du ministre des affaires étrangères mauritanien Oul Merzoug comme il a l’habitude d’en commettre. Enfin, cette intervention du ministre sénégalais M. Gadio ouvre la porte aux mauvaises interprétations des influences historiques entre régions voisines, par exemple : l’influence historique que les Emirats mauritaniens du Trarza et du Brakna avaient sur les deux rives droite et gauche du fleuve Sénégal, et que l’appellation du fleuve Sénégal vient du mot Sanhadja des Almoravides mauritaniens. Mais personne ne parle de cela car cela n’a aucun intérêt, ni de sens en géopolitique, et cela ne sert qu’à semer la zizanie.

  • activiobservat (H) 31/07/2026 01:07 X

    Diaspora-- Le territoire qui s’appelle actuellement « Mauritanie » et le territoire qui s’appelle actuellement « Maroc » ont beaucoup d’histoire commune. Les tribus qui vivaient dans les régions du Bilad Chinguitt et du Sahara étaient sous forme d’émirats non structurés et peu organisés, et certaines de ces émirats avaient eu parfois des formes d’allégeance formelles avec des dynasties du Maroc. Réciproquement, les Almoravides partis de Mauritanie avaient conquis les territoires du Maroc et au-delà dans le Maghreb et en Espagne. Il est donc normal que le ministre sénégalais Gadio parle d’une influence de certaines dynasties marocaines à une certaine époque en Mauritanie, mais ce n’était un vrai exercice de présence et d’autorité et ce n’était pas une influence sur toutes les tribus ni sur tous les émirats. C’était juste des relations épisodiques avec certains émirats. Si le ministre Gadio voulait se référer à cela, il pouvait l’exprimer mais sans aller jusqu’à dire que le Maroc était une entité qui avait des frontières jusqu’au « Sénégal ». Il aurait pu dire jusqu’au « fleuve Sénégal », car l’Etat Sénégal n’existait pas encore à cette époque-là, ce n’est que la pénétration coloniale au 19ème siècle qui a procédé à la pacification et à l’unification des royaumes, principautés et communautés sous forme d’un seul état Sénégal. C’était la même situation en Mauritanie où la pénétration coloniale avait procédé à la pacification et à l’unification des tribus et émirats. La même chose aussi au Mali qui faisait partie de l’empire Almoravide au 11ème siècle. Les Almoravides sont des maures arabo-berbères de Mauritanie qui ont fondé au 11ème siècle une confédération de tribus en Mauritanie puis un empire englobant la Mauritanie, le Maroc, le Sahara occidental, une partie du Mali actuel et l'Ouest de l'Algérie, ainsi que le Sud de l’Espagne. Ils ont annexé tous ces territoires sous leur autorité mais en réalité ils ne se sont vraiment concentrés que sur les zones les plus utiles comme le Maroc et l’Espagne. Ils ont fait de Marrakech au Maroc leur capitale. Les autres parties sahéliennes de leur empire, la Mauritanie et le Mali, étaient restées secondaires pour eux car c’était dans les zones les plus pauvres et marginales, mais elles étaient sous leur autorité. Plus tard, après la fin de la dynastie des Almoravides, le royaume du Maroc s’était reconstitué sous d’autres dynasties marocaines, l’Espagne s’était reconstituée beaucoup plus tard. Les territoires sub sahariens du Soudan avaient essayé un début de reconstitution mais l’Empire Songhai de Gao au Mali avait été démantelé au 16ème siècle par une expédition du Sultan Roi de l’Empire Saadien du Maroc. La défaite de l'armée songhaï du Mali avait ainsi marqué l’effondrement et la fin des grandes entités multi-ethniques en Afrique de l'Ouest, et l'atomisation politique du Soudan mais aussi le début de l'enracinement de l'Islam dans les couches rurales et populaires du bassin du fleuve Niger, jusqu’à l’arrivée de la colonisation française trois siècles plus tard. Donc à l’arrivée de la colonisation il n’y avait pas d’autorité structurée avec des frontières ni au Sénégal ni au Mali, et encore moins en Mauritanie.

  • ouldsidialy (H) 30/07/2026 19:23 X

    C’est intéressant qu'il y ait des Sénégalais qui se voient une frontière commune avec le Maroc. Les Mauritaniens qui savent penser le temps long peuvent aussi y réfléchir. Il faudrait aussi que la géopolitique des Européens change un peu. C'est une perspective d'avenir comme une autre pour les 3 pays...... PS : le morphotype de l’ambassadeur du Maroc rappelle à quel point l’humanité africaine noire est chez elle au Maroc depuis des siècles et le Maroc en Afrique noire.