20-07-2026 16:05 - France – Marième Tamata-Varin : noire, musulmane et maire

France – Marième Tamata-Varin : noire, musulmane et maire

Kassataya -- Fondatrice d’un cabinet de conseil en gestion, la Franco-Mauritanienne entame son troisième mandat à la tête de la municipalité de Yèbles, en région parisienne. Une petite commune, certes, mais où son action a été remarquée, jusqu’à l’Élysée. 

Elle marche à pas pressés. « Mon frère, viens vite ! lance-t-elle. J’ai trois réunions qui m’attendent… » Depuis 2014, Marième Tamata-Varin, 45 ans, est maire de Yèbles, une petite commune de Seine-et-Marne, à une cinquantaine de kilomètres de Paris, où elle a été réélue pour un troisième mandat en mars dernier, avec 100 % des voix. Il faut dire que sa reconduction à la tête de sa commune decommune de 970 habitants était une formalité, aucun candidat ne s’étant présenté face à elle.

Marième Watt arrive en région parisienne en 2000 pour étudier le commerce international et, quatre ans plus tard, après s’être mariée, elle s’installe à Yèbles avec son époux. Portée par les valeurs de solidarité héritée de sa mère marocaine et de son père mauritanien (natif de Bababé, dans le sud de la Mauritanie), la jeune femme devient bénévole au sein de la commune, puis déléguée de l’association de parents d’élèves, fonction où elle parvient à acheter des ordinateurs pour l’école de la commune.

Un engagement pour la communauté qui ne passe pas inaperçu. En 2008, Marième Tamata-Varin obtient la nationalité française et, la même année, le marie de Yèbles l’incite à se présenter sur sa liste aux municipales. La voilà conseillère municipale, puis deuxième adjointe.

En 2013, après des divergences avec le maire sortant, plusieurs conseillers l’exhortent à présenter sa propre liste. Elle tique, mais finit par accepter et se lance en indépendante. « J’ai toujours eu une vocation pour le service public, dit-elle. Avoir un impact positif sur la vie des gens fait partie de ma philosophie.».  

Mais la campagne électorale sera violente, sur un territoire où l’extrême droite est fortement implantée. Tags, menaces, insultes par textos et sur sa messagerie, jusque sur le site internet et dans le courrier de la commune -sa secrétaire mettra parfois des gants pour ouvrir les enveloppes qui sont adressées… « L’arme des faibles !» Elle les affronte sans renier ses convictions ni ses origines, jusqu’au soir de sa victoire, le 28 mars 2014.

Sur un territoire où l’extrême droite est fortement , la campagne électorale de 2014 sera violente.

Priorité de son premier mandat : l’école. Celle de Yèbles est vétuste et menacée de fermeture. Pour la remettre en état, il faudrait 1,2 millions d’euros, que les banques rechignent à prêter. Face à ce casse-tête, la maire lâche en plein conseil municipal : « Si j’avais les moyens, je ferai moi-même les travaux ! » Réplique à choeurchœur des autres élus : «Nous aussi!» Elle les prend au mot.

Marième Tamata-Varin envisage l’utilisation d’unl’utilisation d’un moyen jusqu’alors inédit pour une collectivité locale : le financement participatif. En décembre 2014, elle lance un appel au don sur la plate-forme Mymajorcompany, accompagné d’une vidéo avec les enfants. Le résultat est inespéré : 1 million d’euros -dont 50 000 euros de François Hollande, alors président de la Réepublique.

Pour la construction d’une cantine, en 2016, où 15 000 euros manquaient afin de boucler le budget, l’édile change de stratégie et opte pour un dîner gastronomique. L’idée séduit le chefl étoilé Jean-Claude Cahagnet. Ensemble, ils organisent un banquet à 95 euros par couvert.

Et la cantine est construite avec le satisfecit du préfet et des administrés. L’année suivante, le budget de fonctionnement de la commune passe de 500 000 euros à 1,2 million, et ses investissements de 300 000 euros à 6 millions d’euros.

Valeurs ajoutées

La maire, qui est désormais aussi vice-présidente de sa communauté de communes, a par ailleurs créé en 2015 «Le « Le week-end de la Francophonie» , organisé depuis tous les deux ans. Le festival soutenu par le ministère de la Culture et l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) célèbre la langue française. La 6è édition, en mars 2027, prévoit des expositions artistiques ainsi que la présence d’écrivains et d’associations culturelles de différents pays.

« Pour nous, Marième Tamata-Varin est une fierté, témoigne son compatriote Mohamed Yahya Teiss, ambassadeur de la Mauritanie en France. Son engagement et son attachement à son pays d’origine constituent des plus-values à notre diplomatie.

De vraies valeurs ajoutées, avec son carnet d’adresses, sa mise en relation avec des partenaires qui désirent se rendre en Mauritanie. Elle est aussi une preuve de la bonne «interprétation « »interprétation » qu’on peut avoir de nos ressortissants en France, et pas seulement. » Raison pour laquelle elle a été invitée à l’Elysée pour le dîner donné à l’occasion de la visite d’Etat du président mauritanien, Mohamed Ould Ghazouani, à Paris, en avril dernier.

Marième Tamata-Varin a aussi l’Afrique au coeurcœur. Elle prend part à des forums sur la gouvernance et les financements d’actions publiques, participe à la formation de cadres et agents d’organisations avec le Centre africain pour le renforcement des capacités (Caper).

«En« En Afrique, on a autant d’ingéniosité qu’ailleurs,maisailleurs, mais on manque souvent d’ingénierie de projets et d’accès aux financements hybrides. C’est là que j’essaie d’apporter mon plus », explique-t-elle.

Son cabinet, Stratégia, également basé en Seine-et-Marne, dispose d’ailleurs d’un siège à Abidjan. Spécialisé dans la stratégie financière des collectivités territoriales et des entreprises, il propose des formations sur la gestion et la recherche de financements innovants (crowdfunding, partenariats public-privé), l’évaluation de projets territorauxterritoriaux, la consolidation des valeurs d’entreprise, la mise en place de stratégies RSE adaptées.

«Avec« Avec mon expérience à Yèbles, j’ai appris qu’on pouvait construire des choses sans laisser 1 euro de dette. Il me plaît donc d’aller partager ces approches avec des partenaires, des institutions et des acteurs de terrain, en Afrique subsaharienne et au Maghreb, dont je suis originaire.». »

« Marième a de qui tenir, témoigne Adama Wade, directeur du magazine Financial Afrik. Son père, Abdourahmane Watt, ancien président des auditeurs externes de l’Union africaine avec lequel j’ai travaillé, incarne une génération de dirigeants africains qui allient vision stratégique et rigueur pour une transformation économique du continent.

Depuis le Maroc, il a imposé une culture de l’excellence, de l’innovation et de la performance des affaires sur le continent. » Pionnier du conseil en gestion financière et de la formation en management, Abdourahmane Watt est le fondateur et le PDG du groupe Cogefi Afrique, basé à Casablanca depuis 1989.

Dans sa commune, en tant qu’élue et en tant que citoyenne «citoyenne « comme les autres» , Marième Tamata-Varin combat les préjugés et les délits de faciès. Pour elle, tout passe par le mérite, et elle est plutôt satisfaite de voir que certains s’inspirent aujourd’hui des méthodes de celle qu’ils insultaient hier.

Son parcours de «de « première femme noire et musulmane élue maire en France» est raconté dans le numéro de novembre 2019 du très respectable magazine Nation Geographic, qui consacrait un dossier à la place des femmes dans la société et à l’évolution de leurs droits. Elle fait aussi partie de la vingtaine de portraits d’édiles dressés par Emilie Babkine et Guillaume Gady dans EtreÊtre maire, malgré tout, paru en mai 2026 aux éditions de l’Aube.

A Yèbles on dit, désormais, sans sourciller : «: « Nous avons une maire : elle est noire, musulmane, compétente, et fait du bien à notre communauté! »

Bios Diallo

Source : Jeune Afrique numéro 3162-3163 – Juillet-Août 2026 (Edition papier)



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