20-07-2026 16:30 - Mali: les jihadistes du Jnim exécutent des soldats maliens prisonniers
RFI-Afrique -- Au Mali, les jihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (Jnim) ont exécuté sommairement des soldats maliens qui s'étaient constitués prisonniers. Les faits se sont déroulés le 18 juillet dans la zone de Tabrichat, région de Gao, au terme d'une attaque menée conjointement par le Jnim et par les indépendantistes du FLA contre un important convoi militaire parti d'Anéfis à destination de Gao.
Une cinquantaine de soldats maliens ont été tués, mais tous n'ont pas péri au combat. L'exécution de prisonniers désarmés est un crime de guerre.
De source sécuritaire malienne, 18 soldats ont été exécutés sommairement par le Jnim.
Sur des images diffusées par les jihadistes, on peut voir des militaires désarmés, assis ou allongés dans le sable, recevoir des rafales de balles. Parmi les jihadistes à l'œuvre, plusieurs sources identifient clairement Hamza Ag Iyad, l'un des fils d'Iyad Ag Ghaly, le chef du Jnim.
« Ils s'étaient rendus »
Si les militaires exécutés ne sont, par définition, pas des civils, le droit international humanitaire protège aussi les prisonniers de guerre. Une fois les combats terminés, les vainqueurs sont responsables de leurs captifs, qu'ils sont censés traiter sans violence et dignement.
« Ce sont des soldats qui étaient restés à l'arrière du convoi, leur camion s'était ensablé, ils s'étaient rendus », affirment plusieurs sources au sein du MSA et du Gatia, des groupes politico-militaires du Nord alliés des autorités de transition, et dont les combattants sont intégrés à l'armée malienne. Les mauvais traitements, a fortiori les exécutions de prisonniers de guerre ou d'otages, sont constitutifs de crimes de guerre.
Sollicitée par RFI sur ces exécutions, l'armée malienne n'a pas donné suite. Par communiqué, samedi 18 juillet, l'état-major avait indiqué que des frappes aériennes avaient « permis au convoi de se désengager des embuscades tendues et de poursuivre son itinéraire », sans communiquer de bilan. Après l'attaque, le convoi avait fini par rejoindre Gao.
Gagner en « respectabilité »
Du côté des rebelles du FLA, alliés sur le terrain des jihadistes du Jnim, on s'efforce de se démarquer. « Nous avons attaqué le même convoi mais chacun de son côté, les groupes ne sont pas mélangés », assure un chef militaire indépendantiste, qui précise : « Le Jnim a exécuté ses propres prisonniers. »
Le Front de libération de l’Azawad (FLA) affirme avoir capturé, pour sa part, une vingtaine de soldats maliens environ au cours de cette embuscade, qui s'ajoutent à ceux déjà capturés à Kidal le 25 avril et lors de précédentes attaques.
Au total, ils seraient entre 200 et 250 militaires maliens actuellement détenus par le FLA, qui « invite » les organisations internationales à venir vérifier leurs conditions de détention. La famille de l'un d'entre eux confirme à RFI recevoir des nouvelles régulières et rassurantes.
Le FLA cherche à cultiver l'image d'un groupe armé respectueux des droits humains. Une manière de mettre en avant, par contraste, la brutalité de l'armée malienne et surtout de ses partenaires russes de l'Africa Corps (anciennement Wagner), dont de très nombreuses et sauvages exactions ont été documentées.
Quant aux jihadistes du Jnim, ils tentent depuis plusieurs mois de lisser leur discours et de gagner en « respectabilité », aux yeux de l'opinion publique malienne et des acteurs politiques nationaux et internationaux.
Les exécutions sommaires dont ils viennent de se rendre coupables ne vont pourtant pas dans ce sens. « Voilà l'industrie du crime qui prétend diriger le Sahel », réagit avec colère un notable de Kidal, favorable au régime de transition et qui, comme les autorités en place, considère que jihadistes et indépendantistes sont « terroristes », sans distinction.
Par :
David Baché
