22-04-2026 10:15 - Une écoute sélective au détriment de la démocratie : quand la parole de la diaspora est confisquée

Une écoute sélective au détriment de la démocratie : quand la parole de la diaspora est confisquée

LETTRE OUVERTE AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE ISLAMIQUE DE MAURITANIE

La diaspora constitue un soutien majeur pour les familles mauritaniennes et contribue, par conséquent, très activement au développement du pays. Elle représente également une ressource humaine qualifiée pouvant participer pleinement au développement de notre pays, la Mauritanie.

Lors de son passage à Paris, le Président de la République, Son Excellence Monsieur Mohamed Ould Ghazouani, a exprimé son souhait de rencontrer la diaspora mauritanienne afin de s’enquérir de ses préoccupations. Cette initiative, que nous avons initialement saluée comme un signe de bonne foi et d’ouverture, s’est toutefois rapidement transformée en une rencontre à caractère partisan.

En effet, au lieu d’engager un dialogue inclusif avec les représentants de la société civile et politique mauritanienne établis en France, les organisateurs ont privilégié une sélection de participants reposant majoritairement sur des critères partisans et clientélistes. 

Comme on pouvait s’y attendre, un tri prémédité et soigneusement orchestré a été effectué au moment de la prise de parole : seuls des intervenants favorables au pouvoir ont pu s’exprimer, à travers des propos élogieux, tandis que les voix discordantes ont été écartées. Cette pratique porte atteinte aux principes fondamentaux de la démocratie mauritanienne et constitue une occasion manquée de dialogue sincère et constructif.

Dans les faits, les difficultés rencontrées par nos compatriotes à l’étranger sont nombreuses et profondes. Bien que j’aie pu accéder à la salle, la parole ne m’a pas été accordée. Une liste préétablie, composée exclusivement de profils acquis au pouvoir, empêchait toute expression contradictoire. Une telle démarche ne favorise ni la transparence ni la confiance.

Au-delà de ces constats, plusieurs problématiques majeures méritent une attention urgente :

*État civil* :

Le recensement demeure un véritable casse-tête pour de nombreux Mauritaniens vivant en France.

Cette situation les plonge dans une grande précarité administrative et sociale : incapables de travailler légalement ou de rentrer au pays, certains se retrouvent dans des situations humaines extrêmement difficiles. Derrière ces blocages se trouvent des familles séparées, des parcours interrompus et des vies suspendues.

*Droits de l’homme et justice sociale*

La protection des libertés fondamentales, pourtant garanties par notre Constitution, ainsi que la promotion d’une véritable justice sociale restent des défis majeurs. Des inégalités persistantes dans l’accès à l’éducation et à l’emploi contraignent une partie de notre jeunesse à l’exil, souvent au péril de sa vie.

Par ailleurs, le ralentissement des services préfectoraux français aggrave la précarité de nombreux Mauritaniens. Cette visite d’État représentait une opportunité importante pour porter cette situation à l’attention des autorités françaises et envisager des solutions concrètes.

Plus préoccupant encore, la question de l’esclavage statutaire demeure une réalité persistante. Aujourd’hui encore, des individus sont assignés dès la naissance à des positions subalternes, une condition qui les poursuit jusque dans la diaspora. Cette situation constitue une injustice profonde et inacceptable. Les militants engagés dans la lutte contre ces pratiques font face à des violences physiques et morales croissantes.

Ces violences, qui atteignent désormais des niveaux alarmants, restent trop souvent impunies en raison du laxisme et de la complaisance de certains représentants locaux de l’État. À cela s’ajoute le problème foncier : des militants ont été privés de terres cultivables qu’ils exploitaient pourtant depuis des générations, accentuant ainsi les tensions et les injustices.

Face à ces réalités, nous appelons à la mise en place d’un cadre de concertation transparent, inclusif et durable avec la diaspora mauritanienne. Il est essentiel que les préoccupations légitimes de nos compatriotes, en Mauritanie comme à l’étranger, puissent être entendues et prises en compte dans l’élaboration des politiques publiques.

Nous espérons sincèrement que ces préoccupations seront non seulement entendues, mais également traduites en actions concrètes, à la hauteur des attentes et des aspirations de l’ensemble des Mauritaniens.

TRAORE Abdoulaye

Président ARMEPES - GANBANNAXUN - France

Paris le 20/04/2026





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Commentaires (2)

  • ouldsidialy (H) 22/04/2026 16:19 X

    La diaspora devrait davantage s'occuper de ses difficultés sur le marché du travail en France ; mieux s'organiser pour ses droits sociaux souvent gâchés ou perdus : avenir de sa retraite acquise en France, employabilité dans les activités mieux protégées du chômage, réseaux d'entraide pour l'emploi. La double carrière entrepreneuriale ou para-administrative au pays est souvent une illusion. La participation rentable à la vie politique du pays d'origine, aussi.

    Souvent les messieurs se voient dans un rôle de leaders en Mauritanie alors qu'ils n'ont pas d'idées pour les intérêts économiques et sociaux de leur famille en France. Ils se vendent comme héroïques, à négliger leurs intérêts en Europe pour l'idée fantasmée de servir leur ethnie en Afrique. La réalité est qu'ils sont juste en échec dans leurs accomplissements personnels en France. Ce n'est pas complètement de leur faute et il n'est jamais trop tard pour rembobiner le disque autrement. Morceaux choisis du texte du monsieur :

    , 1) (En Mauritanie), "Aujourd’hui encore, des individus sont assignés dès la naissance à des positions subalternes". L'employabilité des Mauritaniens les assigne en France au gardiennage de nuit, aux travaux pénibles avec trajets chronophages, à la plonge des restaurants, au SMIC pendant 30 ans.

    2) "Ces violences (au pays) qui atteignent désormais des niveaux alarmants" : et s'il s'occupait des mauritaniens, qui traînent de nuit et rentrent au petit matin avec des contusions. Qui se font secouer de jour, par les forces de l'ordre, parce qu'ils ne savent pas qu'il vaut mieux ni tutoyer ni se laisser tutoyer par une autorité, quand on est noir en France. Quand ils sont jeunes,ils ne savent pas, parce que leur père est absent pour eux, pour des gens "privés de terres cultivables" en Afrique. Lesquelles terres n'ont jamais été cultivées parce qu'il est parti en France car les terres ne valaient rien.

    3) Les terres cultivables en Mauritanie, pour des petits-fils d'agriculteurs, sont le même prétexte que pour les nomades dont aucun aïeul n'a jamais cultivé : Détourner la ressource publique vers leurs intérêts urbains. Les subventions agricoles ( que l'on désigne de façon plus cafouilleuse la bas) font construire des maisons à Nouakchott mais ne rendent pas propriétaire dans le 93. Les gamins restent à traîner dans les cages d'escalier et leur père se fait mousser depuis l’Afrique, au téléphone, en vendant son altruisme compensatoire.

    4) La diaspora est mieux servie par "un cadre de concertation", comme il dit, sur la garde des enfants dans un quartier à forte concentration d'Ouest-Africains. Son foyer profitera que sa femme puisse aller à une formation de bureautique qui lui apprenne autre chose que changer les couches de personnes âgées.

    5) "L’État-providence" est un lieu où les habitants n’ont pas à être providentiels. la règle du jeu, pour les immigrés comme pour les citoyens en Europe, n'est pas de courir après les initiatives "inclusives", comme il dit. Ça, c’est du langage de négociation tribaloethnique que ses cousins restés au pays savent très bien tenir seuls. À attendre le prochain plan banlieue inclusif en France, les enfants seront majeurs et leur destin scellé… Et pas dans les "terres cultivables" d’Afrique.

    6)PS: Je m'excuse auprès des ethnicistes blancs européens qui liraient cridem. Mon propos contient implicitement l'idée terrifiante qu'ils y aura toujours beaucoup de noirs en France. Désolé , c'est ce que je crois.

  • yawonni (H) 22/04/2026 16:02 X

    C est regrettable. Il importe de souligner a través votre article qu il existe a l etranger es associations mauritaniennes primees lors des concours internationaux sur la diversite culturelle et egalement invitees a des rencontres ades forums culturels. La rencontres de l ex ministres des affaires etrangeres (2016) a Malte en est une preuve.