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Une écoute sélective au détriment de la démocratie : quand la parole de la diaspora est confisquée
LETTRE OUVERTE AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE ISLAMIQUE DE MAURITANIE
La diaspora constitue un soutien majeur pour les familles mauritaniennes et contribue, par
conséquent, très activement au développement du pays. Elle représente également une
ressource humaine qualifiée pouvant participer pleinement au développement de notre pays,
la Mauritanie.
Lors de son passage à Paris, le Président de la République, Son Excellence Monsieur
Mohamed Ould Ghazouani, a exprimé son souhait de rencontrer la diaspora mauritanienne
afin de s’enquérir de ses préoccupations. Cette initiative, que nous avons initialement saluée
comme un signe de bonne foi et d’ouverture, s’est toutefois rapidement transformée en une
rencontre à caractère partisan.
En effet, au lieu d’engager un dialogue inclusif avec les
représentants de la société civile et politique mauritanienne établis en France, les
organisateurs ont privilégié une sélection de participants reposant majoritairement sur des
critères partisans et clientélistes.
Comme on pouvait s’y attendre, un tri prémédité et
soigneusement orchestré a été effectué au moment de la prise de parole : seuls des
intervenants favorables au pouvoir ont pu s’exprimer, à travers des propos élogieux, tandis
que les voix discordantes ont été écartées. Cette pratique porte atteinte aux principes
fondamentaux de la démocratie mauritanienne et constitue une occasion manquée de
dialogue sincère et constructif.
Dans les faits, les difficultés rencontrées par nos compatriotes à l’étranger sont nombreuses
et profondes. Bien que j’aie pu accéder à la salle, la parole ne m’a pas été accordée. Une
liste préétablie, composée exclusivement de profils acquis au pouvoir, empêchait toute
expression contradictoire. Une telle démarche ne favorise ni la transparence ni la confiance.
Au-delà de ces constats, plusieurs problématiques majeures méritent une attention urgente :
*État civil* :
Le recensement demeure un véritable casse-tête pour de nombreux
Mauritaniens vivant en France.
Cette situation les plonge dans une grande précarité
administrative et sociale : incapables de travailler légalement ou de rentrer au pays, certains
se retrouvent dans des situations humaines extrêmement difficiles. Derrière ces blocages se
trouvent des familles séparées, des parcours interrompus et des vies suspendues.
*Droits de l’homme et justice sociale*
La protection des libertés fondamentales, pourtant
garanties par notre Constitution, ainsi que la promotion d’une véritable justice sociale restent
des défis majeurs. Des inégalités persistantes dans l’accès à l’éducation et à l’emploi
contraignent une partie de notre jeunesse à l’exil, souvent au péril de sa vie.
Par ailleurs, le ralentissement des services préfectoraux français aggrave la précarité de
nombreux Mauritaniens. Cette visite d’État représentait une opportunité importante pour
porter cette situation à l’attention des autorités françaises et envisager des solutions
concrètes.
Plus préoccupant encore, la question de l’esclavage statutaire demeure une réalité
persistante. Aujourd’hui encore, des individus sont assignés dès la naissance à des
positions subalternes, une condition qui les poursuit jusque dans la diaspora. Cette situation
constitue une injustice profonde et inacceptable. Les militants engagés dans la lutte contre
ces pratiques font face à des violences physiques et morales croissantes.
Ces violences, qui atteignent désormais des niveaux alarmants, restent trop souvent
impunies en raison du laxisme et de la complaisance de certains représentants locaux de
l’État. À cela s’ajoute le problème foncier : des militants ont été privés de terres cultivables
qu’ils exploitaient pourtant depuis des générations, accentuant ainsi les tensions et les
injustices.
Face à ces réalités, nous appelons à la mise en place d’un cadre de concertation
transparent, inclusif et durable avec la diaspora mauritanienne. Il est essentiel que les
préoccupations légitimes de nos compatriotes, en Mauritanie comme à l’étranger, puissent
être entendues et prises en compte dans l’élaboration des politiques publiques.
Nous espérons sincèrement que ces préoccupations seront non seulement entendues, mais
également traduites en actions concrètes, à la hauteur des attentes et des aspirations de
l’ensemble des Mauritaniens.
TRAORE Abdoulaye
Président ARMEPES - GANBANNAXUN - France
Paris le 20/04/2026