04-03-2026 15:10 - Lagouira : les accords d’Alger de 1979 contredisent les nouvelles revendications en Mauritanie
Yabiladi -- L'ancien général mauritanien Lebatt Ould El-Meiouf critique les récentes revendications territoriales sur la ville de Lagouera, qui, selon lui, contredisent la position historique de la Mauritanie depuis la fin des années 1970. Il rappelle que Nouakchott avait renoncé à toute revendication sur le Sahara occidental en 1979, une décision qui a marqué un tournant stratégique majeur pour le pays.
L'ancien général mauritanien, Lebatt Ould El-Meiouf, a récemment exprimé des réserves quant aux nouvelles revendications territoriales émergentes en Mauritanie concernant la ville de Lagouera (extrême sud du Maroc en face de Nouadhibou). Selon lui, ces revendications vont à l'encontre de la position officielle que Nouakchott a adoptée fin des années 1970, comme le rapportent plusieurs médias à Nouakchott.
Ould El-Meiouf souligne que ces allégations perturbent la cohérence historique et politique qui a jusqu'à présent guidé la Mauritanie sur la question du Sahara. L'ancien général rappelle qu'en 1979, la Mauritanie avait renoncé unilatéralement à toute revendication territoriale sur le Sahara occidental, suite à un accord signé avec le Polisario le 10 août 1979 à Alger.
Cette décision a marqué un tournant stratégique majeur, mettant fin à une période d'implication directe dans le conflit, en lien avec les accords de Madrid du 14 novembre 1975, signés entre le Maroc, l'Espagne et la Mauritanie.
Ould El-Meiouf ajoute que cette orientation politique s'est renforcée en 1984, lorsque Nouakchott a officiellement reconnu que le Sahara ne relevait pas de sa souveraineté nationale et a reconnu, en parallèle, la «république arabe sahraouie démocratique (RASD)». Selon lui, cette ligne diplomatique a été maintenue par les régimes successifs sans remise en question notable.
Il s'interroge donc sur l'absence de telles revendications lors des moments cruciaux de cette période historique, notamment lors de la signature de l'accord de 1979 ou lors de la reconnaissance officielle de 1984.
La relance actuelle de ce débat, alors que les discussions sur l'avenir du dossier se poursuivent sous l'égide du Conseil de sécurité des Nations unies, conformément à la résolution 2797, soulève, selon lui, des questions quant à l'opportunité et aux motivations d'une telle démarche.
La lettre de renoncement de 1979 adressée à l'ONU
Dans la lettre consultée par Yabiladi, datée du 20 août 1979 et enregistrée sous la référence A/34/427, adressée à l'Assemblée générale et au Conseil de sécurité des Nations unies, la Mauritanie avait «renoncé à toute revendication territoriale sur le Sahara occidental et décidé de se retirer du conflit en cours».
Le document annonçait également le retrait des troupes et de l'administration mauritaniennes de «la partie du Sahara occidental qu'elle contrôlait (Oued Eddahab, ndlr)» et demandait au gouvernement marocain de procéder «immédiatement au retrait de ses contingents stationnés sur le territoire mauritanien». La correspondance précisait que, par ce retrait, les frontières de la Mauritanie demeuraient celles établies depuis son indépendance en 1960.
Ce document portait la signature de Sidi Ahmed Ould Taya, alors représentant permanent de la Mauritanie auprès des Nations unies, conférant à cette démarche une portée diplomatique formelle.
Cette réorientation stratégique faisait suite au coup d’État du 10 juillet 1978, qui avait entraîné la chute du président Moktar Ould Daddah. Le Maroc perdait alors un allié de poids, tandis qu’une faction de la junte au pouvoir cherchait à se libérer des obligations découlant de l'accord du 14 novembre 1975, en vertu duquel le territoire d’Oued Eddahab avait été attribué à la Mauritanie, le reste du Sahara revenant au Maroc.
Contrairement aux attentes de l'Algérie, le retrait mauritanien des accords de Madrid a profité non pas au Polisario, mais au Maroc.
Par
Mohammed Jaabouk
