25-02-2026 02:06 - Mise au point : Tâchons de mettre les points sur les i

Mise au point : Tâchons de mettre les points sur les i

J’ai parcouru plusieurs écrits, les réponses qu’ils ont suscitées, puis les répliques qui leur ont fait écho — autant de prises de parole gravitant autour du dialogue national : ses priorités, ses entraves, ses lignes rouges, ainsi que la question essentielle de l’unité nationale et des problématiques qui s’y rattachent.

À la lecture de ces contributions, j’ai perçu, dans certaines d’entre elles, une persistance de divergences que le temps aurait pourtant dû reléguer au passé, une hâte dans les jugements formulés, ainsi que des conclusions arrêtées avec une précipitation peu compatible avec la complexité des enjeux.

Animé par le souci de replacer les choses — ou du moins une part d’entre elles — dans leur juste perspective, j’ai souhaité formuler les observations suivantes.

1/ Il ne me paraît ni nécessaire ni opportun, aujourd’hui, de convoquer le vocabulaire hérité des périodes de tension et des moments de confrontation idéologique. Une telle démarche manquerait vraisemblablement de rigueur analytique et comporterait une part de subjectivité difficilement conciliable avec l’exigence de lucidité qu’impose la situation présente.

Qualifier autrui de « chauvins », l’accuser de « racisme », ou recourir à des grilles de lecture fondées sur l’indexation idéologique — voire sur l’idée d’un complot idéologique — relève de réflexes dont nous pouvons aisément nous affranchir. Ces grilles de lecture ne décrivent plus avec fidélité, la réalité des débats actuels et n’ont sans doute plus les effets symboliques qu’elles pouvaient produire dans des contextes d’exacerbation des tensions.

Élevons-nous donc à la hauteur de notre propre parcours collectif, et accompagnons la logique du dialogue par des attitudes qui lui soient conformes, en nous éloignant de tout ce qui pourrait la contredire ou l’amoindrir.

2/ Les événements douloureux du passé sont désormais largement connus et, pour une grande part, font l’objet d’un consensus. Il ne sied ni aux leaders d’opinion ni aux acteurs politiques de continuer à défendre des récits que les faits contredisent et que les esprits raisonnables ne peuvent admettre comme crédibles (d’autant que ces récits semblent parfois n’avoir d’autre finalité que de flatter les sentiments de ceux qui nourrissent les logiques de rivalité ethnique ou de conflit communautaire).

Il devient donc nécessaire de prendre ses distances avec les interprétations forcées et les justifications convenues, qui ne convainquent ni ceux qui les formulent et moins encore ceux auxquels elles s’adressent.

3. Deux éléments doivent être clairement distingués, tant leur confusion engendre des malentendus et pousse à des positions tranchées où la vérité demeure trop souvent le parent pauvre.

Le premier tient à l’idée selon laquelle toutes les violations des droits de l’homme survenues dans l’histoire récente de l’État relèveraient indistinctement du passif humanitaire appelé à être discuté, sans sensibilité particulière à leur nature ou à leur gravité, dès lors qu’elles peuvent être qualifiées d’atteintes aux droits et d’injustices avérées.

Le second réside dans le fait que le passif humanitaire issu des « années de braise », notamment celles de 1990 et 1991, possède une singularité tragique qui le distingue des autres épisodes. Il s’y est produit des faits d’une extrême gravité — assassinats, expulsions, humiliations, spoliations — dont la seule évocation continue de susciter l’effroi.

Mettre en doute ces événements ou en minimiser la portée constitue non seulement une offense à la mémoire, mais aussi une atteinte à la dignité humaine et un obstacle majeur à toute réconciliation véritable.

4. Il n’est ni juste, ni utile à la quête de vérité, ni conforme à l’exigence de reconstruction de la cohésion nationale, de faire porter la responsabilité des crimes commis durant les années de braise ( qu’ils aient eu lieu lors des licenciements dans l’armée, des expulsions, dans la nuit du 28 novembre 1991 ou dans les villages et villes de la vallée du fleuve ) sur l’ensemble de la composante arabe ou sur l’institution militaire dans sa globalité.

La responsabilité est double : politique et directe. La responsabilité politique incombe au régime de l’époque ; la responsabilité directe appartient exclusivement, à ceux qui ont tué, expulsé ou commis des violences.

Dans cette perspective, la recherche de la vérité et l’établissement des responsabilités doivent aller de paire avec la préservation de la paix sociale, des relations fraternelles et de la cohésion nationale, qui doivent demeurer des priorités constantes.

5. Il est indispensable de libérer les positions relatives à la langue arabe de toute forme d’aliénation ou de suspicion. Certaines perceptions marginales ou les instrumentalisations politiques dont cette question a pu faire l’objet, ne sauraient justifier ni la méfiance ni le rejet de cette langue. Elle est la langue officielle du pays, et son lien avec la religion partagée par l’ensemble de la population est manifeste. Elle constitue également l’une des langues africaines les plus développées et les plus ouvertes sur l’espace international. Il importe donc de dépasser certaines sensibilités qui ne correspondent ni à l’histoire réelle des composantes nationales ni à leur devenir commun.

Cette position doit s’accompagner d’un engagement clair, ferme et non négociable en faveur du développement et de l’enseignement des autres langues nationales — le pulaar, le soninké et le wolof — dans la perspective de leur officialisation lorsque les conditions techniques et objectives seront réunies. Il s’agit là d’un droit légitime pour leurs locuteurs, et d’une expression authentique de notre diversité culturelle, laquelle demeure le socle vivant de notre unité nationale.

6. Il n’est ni concevable ni acceptable de circonscrire le futur dialogue national en lui interdisant d’aborder des questions sensibles telles que le passif humanitaire et son règlement, l’esclavage et ses séquelles, ou encore les enjeux liés à la diversité.

Que resterait-il à discuter si ces questions étaient écartées, alors même que leur prise en compte fait l’objet d’un large consensus parmi les acteurs politiques ?

Certes, il est essentiel de débattre de notre démocratie, des moyens de la consolider, de la gouvernance, du développement économique ou encore de la lutte contre la corruption. Mais si ces problématiques ne sont pas précédées — ou au moins accompagnées — par un dialogue capable de préserver notre unité, de résoudre nos fractures fondamentales et de consolider une citoyenneté réellement égalitaire, leurs effets demeureront limités et leurs résultats incertains.

Par Mohamed Jemil Mansour

Président du Front pour la Citoyenneté et la Justice FCJ.





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Source : Parti FCJ
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