10-02-2026 13:28 - Lettre ouverte à Son Excellence, Monsieur le Président de la République Islamique de Mauritanie

Lettre ouverte à Son Excellence, Monsieur le Président de la République Islamique de Mauritanie

Kassataya -- Monsieur le Président

À Kaédi, lors de votre rencontre avec les populations du Gorgol, vous avez appelé avec insistance au renforcement de l’unité nationale et à la primauté du lien de citoyenneté sur toute autre considération. Dans un pays comme la Mauritanie, marqué par une histoire complexe, plurielle et parfois tragique, cet appel ne peut laisser indifférent aucun citoyen attaché à l’idéal républicain.

Vous avez reconnu que notre histoire nationale comporte des pages lumineuses et d’autres que nous aurions souhaité ne jamais voir écrites. Vous avez également affirmé qu’aucune composante du pays n’a été totalement épargnée par l’injustice, ni totalement étrangère à son exercice. Cette reconnaissance est importante. Elle rompt avec le déni et ouvre, en théorie, la voie à une lecture plus honnête de notre passé commun.

Mais en Mauritanie, Monsieur le Président, l'histoire douloureuse n'est pas seulement un souvenir lointain : elle demeure une réalité vivante, sociale, administrative et parfait institutionnelle.

Le passif humanitaire, les déportations, les exécutions extrajudiciaires, l’esclavage et ses séquelles, les discriminations fondées sur l’origine, la couleur de peau, la langue ou l’appartenance sociale, ne relèvent pas d’une mémoire abstraite. Ils continuent de produire des inégalités réelles dans l’accès à la terre, à l’emploi, à l’armée, à l’administration, à la justice et à la reconnaissance nationale.

Dès lors, une question fondamentale se pose : comment “assumer toute notre histoire” sans nommer clairement ces faits, sans reconnaitre les responsabilités de l'état, et sans engager des mécanismes concrets de vérité, de justice et de réparation?

L’unité nationale ne peut être construite sur une mémoire floue ou neutralisée, où toutes les injustices seraient renvoyées dos à dos sans distinction de nature, d’ampleur et de conséquences.

Vous avez affirmé qu’il n’y a pas d’espoir pour un peuple qui reste prisonnier d’un moment particulier de son histoire. Cette vérité est incontestable. Mais elle ne saurait être comprise, en Mauritanie, comme une injonction à tourner la page sans l’avoir lue jusqu’au bout. On ne sorts pas du passé par l'oubli par la vérité assumée et la justice rendue.

Les peuples que vous évoquez, qui ont surmonté des tragédies profondes, ne l’ont pas fait par de simples appels à l’unité ou à la patience. Ils ont mis en place des politiques claires de reconnaissance, des commissions vérité, des réparations symboliques et matérielles, et surtout des réformes structurelles garantissant l’égalité réelle entre citoyens.

Placer la citoyenneté au-dessus de toute autre considération est, comme vous l’avez rappelé, un principe fondateur. Mais en Mauritanie, la citoyenneté demeure inachevée tant que certains citoyens se sentent tolérés plutôt que pleinement reconnus, tant que les langues nationales autres que l’arabe restent marginalisées, tant que l’accès aux responsabilités publiques n’est pas perçu comme équitable, et tant que la justice n’est pas vécue comme la même pour tous.

Monsieur le Président, l'unité nationale ne se consolide pas par des discours consensuels, aussi bien intentionnés soient-ils. Elle se construit par des actes courageux, parfois difficiles, mais nécessaires : dire la vérité, réparer les injustices, réformer les institutions et garantir l'égalité sans conditions ni hiérarchies implicites

C’est à ce prix, et à ce prix seulement, que la Mauritanie pourra transformer son histoire douloureuse en fondement d’un avenir commun, réellement lumineux et partagé.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma considération républicaine.

Sy Abdoulaye

Secrétaire général de l’Institution de l'Opposition Démocratique

Suppléant du députe de l’Amérique du Nord.





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Commentaires (4)

  • Hartaniya Firilile (H) 10/02/2026 14:38 X

    Monsieur Abdoulaye, je souhaite ardemment que votre lettre ouverte au Président de la République soit lue ou entendue par lui-même. Cette missive, empreinte de profondeur, n'expose que des vérités mûrement réfléchies au nom des populations qui endurent cette injustice perpétrée par l'entourage présidentiel et de son prédécesseur, ces individus qui alimentent le système pour préserver leurs positions privilégiées, comme ils l'ont toujours fait par le passé.

  • Hartaniya Firilile (H) 10/02/2026 14:37 X

    Il souhaite entreprendre une action et son intention se limite à l'amorce de sa réflexion. Cependant, malgré ce discours éloquent qui étonne de nombreux Mauritaniens engagés politiquement, il faut comprendre que le président a prononcé ces paroles uniquement pour séduire la population en vue de futures modifications constitutionnelles, violant délibérément l'article 29 de la constitution. Monsieur Abdoulaye, le président lui-même ne croit pas à ce discours qui lui a été transmis dans l'avion, cherchant simplement à préparer le terrain pour des amendements constitutionnels afin d'atteindre ses objectifs politiques.

  • Hartaniya Firilile (H) 10/02/2026 14:37 X

    Aujourd'hui, Ghazouani et son entourage sont conscients que seuls les Noirs dans ce pays restent fidèles à leurs engagements, tant individuels que collectifs. Rien ne peut les amener à trahir leurs convictions pour satisfaire un homme politique. Ghazouani comprend parfaitement qu'il ne lui reste, pour accomplir sa mission sur plusieurs mandats, que l'appui de ces populations qui lui sont restées loyales depuis le début. Les cadres noirs font preuve d'intégrité : ils ne volent pas, ne mentent pas, ne trichent pas et ne détournent pas les fonds publics ni les financements externes. Ils honorent leur parole et leurs engagements sans faillir. Les Noirs respectent leur propre courage de s'opposer aux situations qu'ils jugent inappropriées.

  • Hartaniya Firilile (H) 10/02/2026 14:37 X

    Monsieur Abdoulaye, nous accordons du crédit à son discours, mais Ghazouani devrait être conscient qu'il est impossible de mystifier indéfiniment une population. La vérité finit toujours par révéler les erreurs commises par ses collaborateurs passés et actuels, notamment le président de l'Assemblée, impliqué dans des affaires criminelles malgré sa position de deuxième personnalité de l'État. Cependant, Abdoulaye, Ghazouani n'entreprendra aucune action après son départ de la région, et oubliera ses engagements. Il a prononcé des paroles sans en mesurer la portée politique. Ce qui suivra normalement et simplement une démonstration symbolique destinée à rappeler aux citoyens ce qui avait été annoncé précédemment par lui à Kaedi : un discours ponctuel sans concrétisation pour moi et je veux me, et peux me tromper. Notre président a perdu le contrôle de la situation, se contentant d'observer et d'accepter les faits accomplis. Il ne modifiera rien et vous demandera même où se situe Kaédi en Mauritanie.