22-05-2014 00:20 - Interdiction de sachets en plastiques: Quatorze mois après l'entrée en vigueur de la loi
Le Calame - Le gouvernement mauritanien a interdit officiellement les sachets plastiques qui enlaidissaient et polluaient l'environnement. Cette matière plastique non biodégradable sévissait partout. Dans les marchés, dans les rues, mares et lacs, plages et arbres, pâturages, etc.
Face à la prolifération de cette matière dangereuse, le gouvernement mauritanien a décidé de l'interdire. Mais, plus d'une année après l'entrée en vigueur de la loi, les sachets en place existent toujours.
Contrairement au Rwanda qui a pris une mesure analogue. Dans les marchés, les pharmacies, les épiceries, rien ne se transporte sans sachets. On en abuse même. Et leur traque, dans les marchés de la capitale et de l'intérieur, peine à éradiquer ces ennemis de l'environnement.
Certes, l'ampleur de leur utilisation a nettement diminué mais les sachets d'emballage en plastique résistent encore, en dépit de la lutte engagée par le département de l'Environnement et du développement durable. Non seulement, celui-ci manque de moyens mais, encore, les autres départements censés être engagés de concert dans le combat semblent traîner les pieds, fermant les yeux sur la contrebande aux frontières sud et est. Les citoyens eux-mêmes ne jouent pas leur partition. Pis, ils continuent à réclamer ces sachets et ne dénoncent pas les contrevenants.
Moyens insuffisants
Après l'entrée en vigueur, le 1er janvier 2013 de la loi N° 157-2012 portant interdiction de l'importation, de la commercialisation, et de l'utilisation des sacs et sachets plastiques d'emballage en Mauritanie, le ministère délégué de l'Environnement avait entrepris, par le biais de la délégation régionale de Nouakchott, une campagne, moins de répression des contrevenants que de sensibilisation des populations, via media publics et affiches.
Mais, comme on le sait, les Mauritaniens sont très réfractaires au changement ; beaucoup de commerçants ont continué à utiliser ces emballages, comme si de rien n'était et sans avertir leurs clients que les sachets étaient désormais interdits. " Une telle situation implique un réseau de contrebande à nos frontières ", signale Sidi Ould Aloueïmine, directeur de la lutte contre la pollution au ministère de l'Environnement et du développement durable, " puisque les stocks des unités locales de production sont épuisés ".
On se rappelle, en effet, que le département avait donné, aux producteurs, " six mois pour écouler leurs stocks et se procurer des substituts, ce dont le marché regorge, aujourd'hui ", se félicite le directeur. Interrogés sur l'origine des sachets qu'ils continuent à utiliser, en dépit de l'interdiction, quelques commerçants avouent qu'ils sont approvisionnés, sous le boubou, par des revendeurs ambulants.
Face à la porosité de nos frontières, la douane et les délégations régionales du MEDD ont donc un rôle important à jouer. Mais lesdites délégations sont notoirement dépourvues de moyens pour effectuer des descentes efficaces dans les marchés, saisir les produits interdits et infliger des amendes aux contrevenants.
"A Nouakchott", nous apprend le directeur de la lutte contre la pollution, "une usine en possession d'une importante quantité de sachets transparents (pour transporter le sucre, le riz…) a été récemment découverte. Elle a aussitôt été fermée et une grosse amende infligée à son propriétaire.
Interrogé sur le coût social que la fermeture des usines de production de sachets en plastique a occasionné, le directeur de la pollution a indiqué qu'il est pratiquement nul. Et pour cause : avant de prendre la mesure, le gouvernement mauritanien avait mis en place un comité interministériel, comprenant les ministères de l'Environnement, des Finances et du Commerce, qui mit en place un comité technique chargé de mener une enquête, exhaustive, sur l'impact de la loi sur la main d'œuvre.
L'enquête a surtout porté sur la production, la commercialisation et l'importation. Elle a démontré que la production de sachets en plastiques était marginale, par rapport aux autres activités des unités de fabrication.
"Les sachets qu'on retrouve, aujourd'hui, sur le marché mauritanien proviendraient, surtout ", indique le directeur de la pollution, " du Sénégal, pour le transparent, et du Mali, pour le sachet noir". Un effort doit donc être fait de ce côté-là , en dotant les délégations régionales du MEDD de moyens conséquents, en impliquant plus fortement les services de la douane, de la police et du ministère du Commerce, et en infligeant, enfin, de lourdes amendes aux contrevenants, de sorte à décourager les contrebandiers.
Dans cette perspective, le directeur de la pollution annonce l'intensification des campagnes de répression, par le renforcement des équipes, à Nouakchott et dans les délégations régionales, notamment celles des frontières sud et est du pays. Même si la contrebande continue à inonder le marché de sachets plastiques, les opérations "coup de poing" opérées, régulièrement, par la délégation régionale, depuis octobre 2012, ont permis de réduire, nettement, l'usage de ces produits nocifs.
Pour livrer bataille, la délégation dispose d'environ cinquante agents et de sept véhicules, répartis dans les différentes moughataas. " Ce n'est pas suffisant ", reconnaît-on, au ministère qui réclame une augmentation des ressources allouées à cet effet, pour intensifier la campagne de répression.
Substituts biodégradables disponibles
La disparition des sachets d'emballage en plastiques a eu pour conséquence l'apparition de substituts. On trouve, ainsi, des équivalents en papier, en paille et en tissu, tous biodégradables. Interrogé sur la fiabilité de ces matières, le directeur de la pollution la juge satisfaisante, ajoutant : "si le marché regorge de substituts biodégradables importés de l'étranger, nombre de promoteurs mauritaniens manifestent leur désir d'en assurer la fabrication et le département est prêt à les accompagner ".
En attendant, le commerce des substituts a déjà pignon sur rue, aujourd'hui. Si les pharmacies, épiceries, boulangeries et autres unités de commerce ont fini par fidéliser leur circuit d'approvisionnement, dans nos marchés, des revendeurs tendent, aux clients et autres badauds, des sachets de toutes les couleurs et dimensions. Petit à petit, le biodégradable entre dans nos mœurs.
Quant aux autres matières plastiques, comme les bassines, seaux, bouilloires, tuyaux, etc. qu'on trouve encore sur le marché, Sidi Ould Aloueïmine fait observer que leurs déchets sont recueillis par diverses ONGs de la place pour les recycler.
DL
