30-04-2014 15:10 - Le Directeur de la Société de Gestion de l'Energie de Manantali (SOGEM) dans un entretien avec alhassad.net :

Le Directeur de la Société de Gestion de l'Energie de Manantali (SOGEM) dans un entretien avec  alhassad.net :

« Nous avons rétabli la confiance avec lesbailleurs de fonds et nous travaillons sur l'interconnexion électrique des Etats de la sous- région ».

L’ingénieur Cheikh Ould Abdallahi Ould Bedda, Directeur Général de la Société de Gestion de l'Energie de Manantali (SOGEM), relevant de l'Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Sénégal (OMVS) a évoqué, dans une interview exclusive accordée au site alhassad.net, au siège de la société dans la capitale malienne, Bamako, la situation actuelle de la Sogem, qui fournit l’électricité à trois des pays membres de l’OMVS (Mali, Mauritanie, Sénégal), ses domaines d’action, la nouvelle vision imprimée à la sogem depuis sa nomination à la tête de la société il y a juste un an ainsi que les perspectives des futures interconnexions électriques dans la sous-région à l’horizon de la construction de nouvelles centrales de production.

Il a évoqué également les rapports de la Sogem avec les bailleurs de fonds,la société sud-africaine ESKOM Energie Manantali ainsi que les questions relatives à la restructuration de la société.

L'entretien a été réalisé au terme d’une mission médiatique faite récemment par le site « alhassad » sur les installations de la Sogem en République du Mali et qui feront l’objet d’une publication dans les prochains jours.

« Elhassad » est le premier organe de presse mauritanien à effectuer une visite des infrastructures hydroélectriques de l’OMVS et à présenter à l’opinion publique mauritanienne une image détaillée.

Dans l’entretien qui vous est proposé, le Directeur Général de la Sogem a remercié « alhassad.net » pour son orientation économique, également pour lui avoir donné l’'occasion de livrer une image de la société à l'opinion publique des Etats-membres de l’OMVS,des défis auxquels elle est confrontée ainsi que des objectifs visés depuis sa prise de fonction.

« Les travaux réalisés par l’OMVS s’inscrivent dans le cadre de la réalisation des instructions du Président de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l'Organisation pour le Mise en Valeur du fleuve Sénégal, son Excellence Monsieur Mohamed Ould Abdel Aziz. Des orientations fermes et claires pour ce qui se rapporte à la reconsidération de la société, en particulier concernant d’une part, les volets« gestion et réhabilitation » de ses installations de production et de transport d’énergie électrique, qui constituent le cœur de ses activités et d’autre part, la nécessité de placer la Sogem au centre de la construction du futur marché énergétique de la sous-région » a dit le Directeur Général de la Sogem .

« En exécution des ces orientations, la Sogem a adopté une stratégie d’action sur la période 2013-2017,correspondant à notre mandat, avec des perspectives particulières à long terme jusqu’au 2030. Une stratégie adoptée par le Conseil d’Administration de la société et le Conseil des Ministres de l’OMVS » a-t-il dit.

Evoquant les grands axes de cette stratégie, l’ingénieur Cheikh Ould Abdallahi Ould Bedda a indiqué qu’elle repose sur les points suivants :

- Primo : rétablir la confiance avec les bailleurs de fonds internationaux grâce à la réduction des charges de fonctionnement contre une hausse du taux d’exécution du budget d'investissement.Mieux, la Sogem a réduit déjà 2013,ses charges de fonctionnement. Ceci va continuer en 2014 par une réduction de l’ordre de 25% sans affecter le fonctionnement de la société.

- Secondo : une révision du prix du kilowattheure de 34,17 à 37,11 FCFA a été effectuée en 2013. Ce tarif passera à 40 FCFA le kilowattheure en 2014.

- Tertio
: le rétablissement de la confiance avec les bailleurs de fonds, la réparation et la révision décennale des groupes de la centrale de Manantali sur fonds propres de la société pour un montant de 18 milliards FCFA sur quatre années, tout en assurant la continuité du service d’alimentation en énergie des pays- membres concernés de l’OMVS.

« Ces travaux sont confiés à l’entreprise allemande VATECH, constructeur des groupes de Manantali sur quatre ans, recrutée sur la base d’un appel d’offres international. De la même façon et pour la même durée, les prestations de contrôle et de surveillance des travaux seront assurées par un bureau international de consultation Tractebel, le même bureau qui a été en charge de la supervision de la construction de la centrale lors de sa construction » « Ces trois axes précités étaient exigés depuis longtemps par les bailleurs de fonds partenaires de la société, laquelle continue d’assurer correctement le remboursement des dettes liées à la construction du barrage, de la centrale hydroélectrique et du réseau de transport. Les audits réguliers sont effectués par les bailleurs de fonds.» a ajouté Ould Bedda.

Et de poursuivre : « Quand nous avons été investi de diriger la société, nous avons décidé d'appliquer ces mesures et présenté à cette fin des propositions au Conseil des ministres de l’OMVS tenu le 7 mai 2013 à Bamako, lequel les a adoptées sans aucune modification ».

Abordant le rétablissement de la confiance des bailleurs de fonds, le Directeur Général de la Sogem a dit :

« ce rétablissement de la confiances des partenaires techniques et financiers s’est concrétisé par leur engagement à allouer dès juin 2015 un financement conséquent à Sogem permettant de couvrir tous les coûts de réparation des équipements, des groupes de la centrale de Manantali déjà financée sur fonds propres de la société. Le financement proposé concernera également des équipements non couverts par le contrat précité conclu avec la société allemande. »

A propos du différend avec Eskom Energie Manantali, Ould Bedda précise : « Selon les Conventions signées avec les bailleurs de fonds, la maintenance et l’exploitation des installations de production et de transport d’énergie électrique de Manantali devraient être confiées à un opérateur indépendant privé recruté par appel d’offres ouvert. Cet opérateur devrait satisfaire aux conditions d’indépendance et d’expérience avérées dans le domaine de gestion des installations hydroélectriques, de capacités techniques et matérielles nécessaires à l'exploitation d’installations hydroélectriques. Ce qui a été fait en 2001 et la société sud-africaine Eskom a été retenue au terme de ce processus.

Malheureusement,les relations de l’opérateur avec la Sogem se sont sérieusement détériorées au cours de ces dernières années. A notre prise de fonction à la tête de la Sogem, nous avons rétabli la confiance de l'opérateur en revoyant ses obligations conformément au cahier des charges ainsi qu’en le mettant dans les conditions lui permettant de faire son travail à travers le respect de la société de ses devoirs à son égard.

En dépit d’importantes concessions faites par Sogem et l’intervention des autorités politiques et après 12 mois de négociations poursuivies par des médiateurs indépendants commis sur instruction du Président mauritanien et de son homologue d’Afrique du Sud, en marge du dernier Sommet des Chefs d’Etat de l’union Africaine, les deux Parties n’ont pu s’entendre sur certains éléments du contrat et le renouvellement de l’accord d’exploitation, quoique la définition des responsabilités des uns et des autres ait été un acquis en soi » a-t-il dit. Evoquant les points de divergence qui entravent encore la signature d’un accord avec l’opérateur, le Directeur Général dit :

« Les points de discorde les plus importants que nous estimons être source de blocage du renouvellement du contrat avec Eskom sont :

- Au plan technique, les responsabilités de l’opérateur sont allégées et confinées à la seule maintenance courante,

- Au plan juridique, l’opérateur a également une responsabilité contractuelle réduite, une garantie de bonne exécution dont les conditions de mise en jeu en limite la portée,

- Au plan financier, le contrat proposé est excessivement onéreux pour Sogem car, en plus d’une rémunération fixée les premières années à presque 11 milliards de FCFA, il faut ajouter le coût d’un Plan Technique et ceux de gestion de projets qui peuvent amener à une dérive impossible à maitriser.

En tout état de cause et en gestionnaire avisé, la Sogem a développé une stratégie adossée à une simulation financière permettant de garantir la continuité de l’approvisionnement électrique des Etats, même en cas de cessation du contrat avec Eskom. Une stratégie qui sera débattue au Conseil des ministres de l'OMVS dans sa réunion prévue très prochainement.

Par ailleurs, il était impossible pour la Sogem de faire adhérer les bailleurs de fonds à une solution alternative à l’opérateur actuel, si la société ne bénéficiait pas de la confiance de ces mêmes bailleurs de fonds internationaux, qui ont manifesté leur disponibilité pour discuter toute stratégie alternative à l’option de non renouvellement de l’accord avec Eskom. Ces résultats sont le fruit d’importants efforts déployés depuis l’année dernière.

Il y a aussi un autre point important. Il s’agit d’un rapport publié en Février 2013 par la Banque mondiale qui applaudit les efforts entrepris par la nouvelle Direction générale de la Sogem depuis sa prise de fonction. Ce rapport est été approuvé également parla Banque Européenne d’Investissement et l’Agence Française de Développement.

Evoquant les centrales hydroélectriques de Félou et de Gouina, le Directeur Général de la Sogem a indiqué :

« La centrale de Félou a été effectivement inaugurée le 17 décembre dernier par le Président Abdel Aziz, en compagnie de ses Homologues du Mali, du Sénégal et du Premier ministre de la Guinée. Sa capacité est de 60 mégawatt (MW). Elle est financée à hauteur de 117 millions d'euros par la Banque mondiale, le BEI et la Sogem. Ses travaux sont réalisés par la société chinoise Sinohydro et la supervision des travaux assurée par un groupement canado-français AECOM/Artelia. La centrale de Félou livre son énergie sur le réseau de Manantali au poste de Kayes. La réception opérationnelle sera prononcée d’ici quelques jours. Cette Centrale sera exploitée par un opérateur indépendant qui sera sélectionné par voie d’appel d'offres international, conformément aux conditions des bailleurs de fonds, comme c’est le cas pour Manantali.

A propos de la centrale de Gouina, sise à 60 km en amont de celle de Félou, son financement est de 436 millions de dollars avec une capacité de production estimée à 140 mégawatts. Son financement est assuré par une banque chinoise (Eximbank) avec un intérêt ne dépassant pas 2,0% avec une période de grâce de dix ans et par la Sogem.

A propos des négociations entreprises avec la société Sinohydro sanctionnées par un rabais des coûts estimatifs de la construction de 30 millions de dollars, Ould Bedda ajoute : « Sur instruction du Président en exercice de l’OMVS, le Président mauritanien Monsieur Mohamed Ould Abdel Aziz, nous avons procédé, dès notre prise de fonction, à la révision du Contrat commercial signé en 2009 et amendé en 2011 avec le partenaire chinois. Ceci a permis d’obtenir cette réduction de 30 millions de dollars. L’accord stipule que ce rabais servirait à réaliser des travaux d’électrification rurale dans les trois pays concernés par les conventions de financement. Je crois savoir que le quota mauritanien sera réorienté vers l’électrification des villages situés entre Selibaby et Ould Yenjé »

Concernant la liaison de Selibaby au réseau Sogem, le Directeur Général précise : " Cette liaison est terminée et permettra d’alimenter à partir de Bakel au Sénégal les villes de Selibaby et Gouraye. Elle sera inaugurée par le Président de la République très prochainement, au plus tard en mai de cette année. L’électricité à bon marché sera accessible aux habitants des deux villes. Le raccordement au réseau électrique haute tension de la localité de Gouraye revêt une importance particulière, dans cette zone exposée à une rareté de l’eau potable. La future liaison permettra notamment de remédier à cette situation à travers le traitement de l’eau du fleuve ».

Evoquant la question des coûts et bénéfices tirés par chacun Etat-membre de l’OMVS, Ould Bedda indique : « Il faut appréhender les choses dans leur contexte. La Convention créant l’OMVS fixe à égalité les obligations envers l'Organisation. Cependant, les avantages sont tributaires d’équilibres souverains et politiques entre ces pays, puisque l’OMVS est considérée comme un instrument sous-régional très important pour la coopération régionale entre les Etats et contribue à assurer la stabilité dans cet espace partagé. Pour ce qui est de la Sogem, nous sommes concernés uniquement par le volet énergie. La répartition de l’énergie produite dans les différents sites de production obéit à des considérations de souveraineté entre les États.

Nous nous efforcerons pour que cet aspect ne soit pas embarrassant pour notre stratégie future puisque nous envisageons de créer un véritable marché de l’énergie entre les Etats de l’organisation et même au-delà, où les échanges d’électricité se feraient sur la base de règles d’un marché libre de l’offre et de la demande.

Evoquant la part électrique faible de la Mauritanie (15%) pour le barrage de Manantali par rapport au Sénégal (33%) et au Mali (52%), le Directeur Général de la Sogem précise :

« Cette question ne peut s’expliquer à mon point de vue que par la vision étroite des perspectives des responsables des affaires du pays à l’époque. Mais la Mauritanie obtiendra le tiers de la production des centrales de Félou et de Gouina.

Concernant l’actuelle situation de déficit en électricité Ould Bedda dit : « Les Etats ne sont pas tous en situation déficitaire. La Mauritanie vend aujourd’hui son excédent électrique au Mali. Nous ambitionnons, à l’avenir d’améliorer ces échanges dans le cadre du marché en devenir. Après l’arrivée de la centrale à gaz de Nouakchott, dont les groupes générateurs sont arrivés dernièrement, les choses se concrétiseront davantage et auront plus d’efficacité grâce à la réalisation des lignes de transport haute tension vers le Sénégal et le Mali, notamment. Cette démarche s’inscrit parfaitement en droite ligne dans la vision du Président en exercice de l’OMVS, annoncée dans son discours à l’occasion de la pose de la première pierre de l’aménagement de Gouina.

Evoquant les interventions sociales de la Sogem, le Directeur Général a dit : « La Sogem joue un rôle social important dans les localités situées dans le bassin du Fleuve. Une composante spécifique au développement durable dans la vallée du fleuve est inscrite dans son plan d’action. La Sogem est également engagée, en faveur des populations riveraines, dans la réalisation d’infrastructures de routes, de dispensaires, de mosquées,d’écoles et de réseaux électriques.

Abordant la situation financière de la Sogem Ould Bedde ajoute : « Un déficit budgétaire était enregistré et compensé chaque année à hauteur d’environ300 à 500 millions de FCFA. Cependant,bien que nous ayons pris fonction quel depuis mai dernier, nous avons réussi en 2013 à réaliser un excédent de deux cents millions de FCFA. »

Concernant le Chiffre d’affaires de la société, le Directeur Général de la Sogem a indiqué qu’il est compris entre 40 et 45 milliards de FCFA « La société s'appuie sur deux sources de financement : les fonds provenant d’accords bilatéraux ou internationaux avec des bailleurs de fonds et les revenus propres de la Sogem obtenus grâce à la vente d'électricité. »

Concernant les perspectives de la Sogem, Ould Beddasignale : « Nous œuvrons à la mise en œuvre d’un ambitieux programme de réalisation de 2100 km de nouvelles lignes de transport haute tension reparties équitablement entre les trois pays. Ce programme prend en compte les plans nationaux de chaque Etat et s’ajoute au réseau existant de 1750 km de lignes haute tension. Parallèlement à ces efforts, la Sogem ambitionne, en rapport avec les sociétés de télécommunication de nos Etats, de développer un vaste projet d’utilisation moderne et rationnel des fibres optiques installées sur l’ensemble de son réseau de transport actuel et futur. La Banque mondiale nous a octroyé 300 000 dollars pour financer une étude de cette composante qui devrait contribuer à augmenter diversifier les ressources de la Sogem de façon substantiel.

La création du marché de l’énergie que j’ai évoqué tantôt permettra d’optimiser les interconnexions entre les pays de notre sous-région ouest africaine à travers d’une part l’interconnexion existante déjà entre le Mali et le territoire ivoirien et d‘autre part, la possibilité d’une liaison future permettant à partir de Nouadhibou en Mauritanie, de relier le réseau maghrébin et de là relier le réseau nord africain à son pair européen.

C'est cette stratégie que nous nous efforcerons de réaliser et qui constituera un levier économique dans les Etats de la sous-région comme elle contribuera au renforcement de la sécurité et de l'interdépendance dans la région.

Et de conclure : « Nous sommes toujours à la recherche de ressources financières pour réaliser ces projets que nous espérons voir se concrétiser sur le terrain. La Banque mondiale s’est engagée dans ce cadre à superviser une table ronde des bailleurs de fonds sur ces questions hautement stratégiques ».

Entretien réalisé par Mohameden Ould akah

Traduit par Md O Md Lemine



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Commentaires (5)

  • elyedaly (H) 01/05/2014 19:32 X

    Merci CRIDEM pour la traduction de cet article, je suis fier de ce genre de journalistes et cadres mauritaniens. Je suis fier du CRIDEM et le arabophone Al Hassad,

  • quiproquo (H) 30/04/2014 17:30 X

    De la pure collusion .Les entreprises appartiennent aux autorités politiques .Personne ne s'aventure a les refuser les projets d'etudes. OMVS , c'est dommage est pris en otage par les presidents respecyifs des 4 pays . SoGEM , c'est de la foutaise !!!!!!!!!!

  • Ould Yarg (H) 30/04/2014 17:07 X

    Abraham
    tu as marche sur ma langue. c'est vraiment hautain et ça démontre un manque cruel de "professional psychology behavior marketing" la mentalité professionnelle psychologique du marketing

  • abraham (H) 30/04/2014 16:47 X

    Il ne faut s’asseoir comme ça quand on est responsable. Cela fait penser à l'orgueil et à l'invitation aux choses illicites.

  • zelimkhan2 (H) 30/04/2014 15:31 X

    Apprenez à vous tenir correctement. Une fois que vous aurez réussi, vous propos pourront être lus.