05-11-2026 12:33 - La Tchéquie va renforcer son programme de formation militaire en Mauritanie

La Tchéquie va renforcer son programme de formation militaire en Mauritanie

Radio Prague International -- Le nouveau mandat des opérations extérieures de l’armée tchèque, approuvé par le parlement et signé mercredi par le président, prévoit de porter de 30 à 50 le nombre maximal de militaires autorisés à être déployés en Mauritanie à partir de 2027, pour poursuivre la formation des forces armées locales.

Une mission de conseil et d’entraînement, et non de combat, explique le lieutenant-colonel Ladislav Pfeifer, qui dirige à Olomouc le centre de soutien des forces spéciales tchèques, mobilisées pour ces formations.

Quel était l’objectif initial de cette mission ?

Lieutenant-colonel Ladislav Pfeifer : « Nous sommes en Mauritanie depuis le début de l’année dernière et notre engagement, dès le départ, était de former la troisième compagnie des forces spéciales mauritaniennes. Nous arrivons au terme de notre mandat actuel, qui courait jusqu’à la fin de 2026 (et vient d’être prolongé jusqu’à fin 2027, ndlr). Nous avons déjà formé deux des trois sections de cette compagnie. Ces soldats mauritaniens ont été déployés à la frontière et y accomplissent désormais leurs missions. »

Combien de soldats cela représente-t-il ?

« Environ 60. Je tiens surtout à souligner, notamment pour les auditeurs tchèques, qu’il ne s’agit pas d’une mission de combat. Notre rôle consiste à former, soutenir et conseiller les forces mauritaniennes. »

Comment se déroule concrètement la formation sur place ? Les soldats tchèques se relaient-ils pour dispenser des formations spécifiques de quelques semaines ?

« Nous accueillons d’abord une section de la compagnie, composée de soldats relativement inexpérimentés. Nous commençons par un entraînement de base et l’apprentissage des procédures communes. Progressivement, nous passons à des formations plus spécifiques : opérations avec des véhicules, entraînement au tir, entre autres.

Nous cherchons également à rendre notre partenaire de plus en plus autonome. C’est notre objectif final. Nous lui confions donc progressivement davantage de responsabilités dans son propre entraînement. Nous travaillons notamment avec les commandants pour qu’ils soient capables d’évaluer les besoins, de diriger et de planifier les formations. »

Un défi linguistique important

Comment gérez-vous la barrière linguistique ? Dans quelle langue communiquez-vous avec les soldats que vous formez ?


« C’est évidemment un défi important pour nous, car la majorité des soldats tchèques ne parlent ni arabe ni français. Nous avons donc recours à des interprètes. C’est toutefois une méthode que nous utilisons également dans plusieurs autres pays non anglophones. »

Quelles sont les spécificités du programme de formation en Mauritanie ?

« Je ne peux pas entrer dans les détails. Nous avons déjà appliqué ce programme dans plusieurs pays, mais nous l’adaptons toujours à l’environnement local. En Mauritanie, nous devons notamment tenir compte du milieu désertique et des très longues distances. Ce sont des éléments que nous prenons particulièrement en considération.

Par ailleurs, nous connaissons ce type de cultures dans d’autres pays où nous avons fait des formations. Le programme doit toujours être adapté aux coutumes locales et nous respectons la culture du pays. Mais je peux dire que la coopération entre les Mauritaniens et nous se déroule encore mieux que nous ne l’avions espéré, compte tenu des différences culturelles. Elle a toujours été excellente. Il existe un véritable respect et une grande confiance entre les deux parties. Nous en sommes très satisfaits. »

Formation des instructeurs

Quels progrès avez-vous pu observer depuis le début de la présence des formateurs tchèques en Mauritanie ?


« Les soldats mauritaniens prennent progressivement de plus en plus de responsabilités et nous sommes très satisfaits de leurs progrès. Nous concentrons particulièrement nos efforts sur la formation des instructeurs, afin que les compétences acquises puissent être pérennisées. Pour nous, le véritable résultat, c’est ce qui restera après notre départ. »

Les formateurs tchèques ont-ils dû tout mettre en place eux-mêmes à leur arrivée ? Il n’existait pas de structure d’accueil sur laquelle ils pouvaient s’appuyer ?

« L’entraînement se déroule dans une base mauritanienne, mais les instructeurs tchèques n’y résident pas : ils sont logés ailleurs. Cela pose quelques difficultés logistiques de notre côté, mais il ne s’agit pas d’une base construite spécifiquement pour les Tchèques. »

Ce programme est-il une initiative bilatérale tchèque ou s’inscrit-il également dans un dispositif de l’OTAN ?

« Notre coopération avec la Mauritanie se déroule dans deux cadres distincts. Le premier est bilatéral : c’est dans ce cadre que nous assurons la formation et le conseil.

Le second relève de l’OTAN, et plus particulièrement de l’initiative DCB, pour Defence Capacity Building, destinée à renforcer les capacités de défense des pays partenaires de l’Alliance. Elle permet notamment de leur fournir du matériel et des équipements d’entraînement. Dans le cadre de ce programme, nous apportons le soutien matériel nécessaire à la compagnie que nous formons. »

La Mauritanie devenue un partenaire crucial dans la région du Sahel

D’autres armées européennes, notamment l’armée espagnole, participent à la formation des soldats mauritaniens dans certains domaines. Coopérez-vous avec ces autres contingents sur place ?


« Nous restons en contact avec eux, mais nous ne coopérons pas directement. Les échanges opérationnels entre nous sont assez limités. »

La Mauritanie est devenue un partenaire important pour les pays occidentaux dans une région marquée par l’instabilité. Elle est souvent présentée comme l’un des rares pays relativement stables du Sahel. Comment percevez-vous cette situation ?

« Je ne dirais pas que c’est le seul pays qui reste stable. Mais c’est le seul pays d’Afrique de l’Ouest où nous sommes actuellement présents. Comme vous l’avez indiqué, nous considérons la Mauritanie comme un partenaire jouant un rôle important dans notre engagement en Afrique.

Par la voie diplomatique, elle entretient des contacts avec d’autres pays qui ne sont pas nécessairement en relation avec nous. Nous voyons donc de réels bénéfices à cette coopération pour la Tchéquie. »

A-t-il été envisagé d’accueillir des soldats mauritaniens en Tchéquie pour les former, ou l’ensemble du programme se déroule-t-il sur place ?

« Tout se déroule sur place. La possibilité d’organiser des formations en Tchéquie a peut-être été évoquée, mais je n’ai pas d’informations précises à ce sujet. »

D’autres pays du Sahel désormais proches de la Russie de Poutine

Les pays voisins de la Mauritanie connaissent de graves problèmes de sécurité. Au Mali, une nouvelle attaque djihadiste a récemment fait de nombreuses victimes, et les réfugiés venus des pays voisins sont de plus en plus nombreux en Mauritanie. L’armée tchèque a également formé des soldats dans d’autres pays du Sahel, notamment au Niger, qui se sont ensuite rapprochés de la Russie de Poutine. N’y a-t-il pas un risque que les militaires que vous formez se retrouvent un jour alliés à des pays avec lesquels la Tchéquie entretient des relations difficiles ?

« C’est une bonne question, mais je pense qu’elle relève davantage du domaine politique que du domaine militaire. Nous, les soldats, nous formons les militaires mauritaniens. L’armée n’est qu’un instrument de la politique intérieure et extérieure de la Tchéquie. C’est tout ce que je peux vous dire à ce sujet. »

Peut-on miser sur un pays comme la Mauritanie pour contribuer à la stabilisation du Sahel ?

« Ce n’est pas le terme que j’emploierais. Je parlerais plutôt de prévention. Notre action peut contribuer à améliorer la situation sécuritaire, mais elle ne peut probablement pas garantir à elle seule des résultats à l’échelle de toute la région. »

L’expérience de l’armée tchèque dans la Force Takuba

L’armée tchèque avait participé à l’initiative militaire française au Sahel, notamment à travers la force Takuba. Quel bilan en tirez-vous ? L’engagement avait été difficile à décider et les soldats tchèques avaient finalement été retirés après le retrait français.

« Takuba a été une expérience très importante pour nous. Nous avons appris que les forces spéciales européennes pouvaient coopérer, travailler et être déployées ensemble. C’est un enseignement essentiel. Nous avons également compris qu’un succès sur le plan militaire ne suffisait pas, à lui seul, à améliorer l’ensemble de la situation sécuritaire. »

Il existe également un programme de formation au Kenya (lui aussi prolongé et élargi en jusqu’à la fin 2027, ndlr). Peut-on le comparer à celui qui est mené en Mauritanie ?

« Oui, dans une certaine mesure. Comme je l’ai expliqué, nous avons développé au fil des années un programme que nous adaptons à la culture et à l’environnement locaux. »

Nous sommes ici à Olomouc, au Centre de soutien aux forces spéciales, qui existe depuis dix ans, depuis 2016. Comment a-t-il évolué au cours de cette décennie ?

« Il a beaucoup évolué au fil des années. Le rôle du centre a profondément changé. Je ne peux toutefois pas entrer dans les détails, car il s’agit de questions confidentielles. »

Auteur: Alexis Rosenzweig



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