07-10-2026 17:47 - 7 Octobre: la guerre qu’Israël a déjà perdue!

7 Octobre: la guerre qu’Israël a déjà perdue!

La Dépêche -- Le 7 octobre 2023, loin d’avoir produit la victoire stratégique recherchée par Israël, a ouvert une crise profonde dont les conséquences politiques, économiques et diplomatiques se retournent désormais contre le gouvernement du Likoud.

7 octobre 2023 – 7 octobre 2026. Trois années après l’attaque du Hamas, le Proche-Orient reste prisonnier d’une guerre dont Israël voulait faire une démonstration de force et qui pourrait finalement muer en l’un de ses plus lourds échecs stratégiques. Une démonstration de force qui rime bien avec les accusations contre le premier Ministre, B. Netanyahou qui selon le journal Haaretz était au courant de l’attaque du Hamas.

À Gaza, le bilan humain des massacres perpétrés par Israel a dépassé les limites du supportable. Des dizaines de milliers de Palestiniens ont été tués, parmi lesquels un nombre considérable d’enfants. La guerre s’est ensuite élargie, directement ou indirectement, à d’autres fronts, de l’Iran au Liban.

Pendant ce temps, l’image d’Israël belliqueux s’est profondément dégradée dans une grande partie de l’opinion internationale. Les gouvernements occidentaux qui avaient longtemps défendu son droit à se protéger se retrouvent eux-mêmes confrontés à une question devenue difficile à éluder : le soutien à Israél justifie-t-il de fermer les yeux sur un génocide ?

Le gouvernement israélien se retrouve lui-même sur le banc des accusés de la Communauté internationale pour avoir massacré près de cent mille personnes dont 20 milles enfants.

C’est peut-être là que se situe le premier paradoxe de cette guerre asymétrique. Israël disposait d’une supériorité militaire écrasante, du soutien de plusieurs grandes puissances et d’un appareil diplomatique longtemps capable de contenir les critiques.

Mais cette puissance n’a pas suffi à produire la victoire politique recherchée. Détruire des infrastructures, écraser et affamer des civils ou contrôler temporairement un territoire ne signifie pas nécessairement gagner une guerre.

Une victoire militaire qui laisse derrière elle une population dévastée, de graves accusations de génocide, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité et une réputation internationale durablement abîmée n’est en fait que le prélude d’une défaite stratégique durable. L’armée israélienne elle-même sort profondément fragilisée de cette séquence. Le mythe de son invincibilité s’est transformé. Les controverses sur la conduite des opérations, les accusations visant certains responsables et les révélations relayées par les médias y compris israéliens ont progressivement installé un doute qui dépasse désormais les frontières d’Israël.

Et le recours systématique à l’accusation d’antisémitisme pour répondre aux critiques de la politique du gouvernement ne suffit plus à étouffer le débat. La critique d’un gouvernement ou la dénonciation d’actes commis contre des civils ne peut, par principe, être assimilée à une hostilité envers un peuple ou une religion. Beaucoup de juifs s’insurgent d’ailleurs contre cette machination signée B.Netanyahou.

Le plus inquiétant pour Israël est peut-être désormais ce qui se passe à l’intérieur du pays. Les fractures politiques et sociales se sont aggravées, tandis que le coût de la guerre pèse lourdement sur l’économie et sur la société.

La question du service militaire des ultraorthodoxes, la mobilisation prolongée des réservistes, les traumatismes de guerre et les désaccords sur la conduite du conflit alimentent une tension qui ne peut être indéfiniment contenue.

Si les informations attribuées au rapport de la CIA sur le risque d’affrontement interne et d’effondrement politique se confirmaient, elles constitueraient un avertissement particulièrement sérieux : une société peut supporter longtemps la guerre, mais elle finit par payer le prix des contradictions qu’elle accumule.

À cela s’ajoute un isolement international croissant. La détérioration de l’image d’Israël, les interrogations sur les accords de normalisation avec les pays arabes, les difficultés économiques et les éventuels départs d’entreprises étrangères témoignent d’un coût de plus en plus élevé.

Même aux États-Unis, soutien historique d’Israël, l’évolution de l’opinion publique montre qu’une majorité se dégage contre le soutien inconditionnel à Israel. Une puissance militaire peut imposer sa volonté sur un champ de bataille, quand l’adversaire est moins équipé, mais elle ne peut pas, à elle seule, reconquérir une légitimité perdue.

C’est finalement le paradoxe de Benjamin Netanyahu. En voulant manipuler le traumatisme du 7 octobre en une guerre existentielle destinée à restaurer la sécurité et la puissance d’Israël, son gouvernement semble avoir contribué à approfondir les fractures et enfermé les israéliens dans le cercle vicieux de l’instabilité permanente.

La véritable question n’est donc plus seulement de savoir si Israël peut gagner militairement la guerre à Gaza ou sur d’autres fronts. Elle est de savoir ce qu’il restera d’Israël après cette guerre : son économie, sa cohésion sociale, sa place dans le monde et, surtout, sa capacité à vivre avec ses voisins autrement que dans un état de confrontation permanente.

Trois ans après le 7 octobre, une chose apparaît sûre : l’histoire nous apprend qu’une guerre ne se gagne pas par un génocide et la destruction des infrastructures scolaires, hospitalières, hydrauliques. Elle se gagne en construisant l’après-guerre. Et c’est précisément sur ce terrain qu’Israël est aujourd’hui le plus dépourvu de réponses.

Le véritable échec du 7 octobre pourrait donc ne pas être seulement celui de la sécurité israélienne. Il pourrait être celui d’une stratégie qui, en cherchant la victoire par la seule force, risque d’avoir transformé une supériorité militaire incontestable en une crise politique, morale et diplomatique qui pourrait emporter le prétendu vainqueur.

L’effet boomerang peut surprendre les plus aguerris. Oslo est bien loin maintenant.

J.D



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