05-10-2026 17:23 - Forum 2026 de Nouakchott : La diaspora mauritanienne au cœur du développement national
Cheikh Ahmed Mohamed -- Le ministère des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Mauritaniens de l'étranger a officialisé l'organisation de la première édition du Forum des communautés mauritaniennes de l'étranger. Placé sous le haut patronage du président Mohamed Ould Cheikh Ghazouani, cet événement d'envergure se déploiera les 29, 30 et 31 octobre 2026 à Nouakchott.
Déployée à travers plus de vingt pays, la diaspora mauritanienne s'affirme comme un pilier structurant du développement national et un trait d'union diplomatique et culturel entre la Mauritanie et le reste du monde. Par-delà les générations, ces citoyens partagent un attachement indéfectible à leur patrie, une volonté constante de défendre ses intérêts stratégiques et un engagement financier majeur.
Toutefois, la valeur de cette communauté dépasse la seule sphère financière ; elle constitue l'un des cinq leviers cardinaux d'un nouveau paradigme de développement pour la Mauritanie.
Ce renouveau repose sur l'intégration des compétences et l'émergence d'une économie du savoir, articulée autour des biotechnologies, de la transition numérique, des industries de pointe et des énergies renouvelables — autant de secteurs stratégiques où l'expertise des Mauritaniens de l'étranger est largement reconnue. Capitaliser sur ce savoir-faire exige dès lors une politique d'attractivité ambitieuse, ciblant les profils hautement qualifiés.
En pleine phase d'expansion économique et idéalement positionnée comme la porte d'entrée du continent africain, la Mauritanie dispose d'infrastructures alignées sur les standards internationaux. Le pays offre des incitations compétitives, renforcées par une loi-cadre sur l'investissement particulièrement incitative, propice à l'accueil des talents scientifiques et technologiques. Pour transformer ce potentiel en réalité, il s'avère indispensable de cultiver le lien mémoriel et spirituel qui unit ces expatriés à leur terre d'origine.
Cela suppose une attention institutionnelle accrue : facilitation des investissements, inclusion de la jeunesse par la création de conditions d’accueil attractives, et démantèlement des barrières bureaucratiques pour les cadres désireux de s'investir ou de s'installer au pays.
Pour répondre pleinement aux aspirations de nos compatriotes à l'étranger, il convient de transcender la vision strictement utilitariste ou comptable qui réduit leur rôle à celui de bailleurs de fonds. La diaspora doit être appréhendée comme une composante citoyenne à part entière. Il est désormais impératif de mobiliser ces forces vives en institutionnalisant le dialogue.
Leurs préoccupations légitimes doivent être relayées avec acuité auprès du gouvernement, du Parlement et des instances décisionnelles. Enfin, il est primordial de valoriser la contribution immatérielle des Mauritaniens de l'étranger, dont l'excellence et le leadership s'illustrent quotidiennement dans les sphères entrepreneuriales, politiques, scientifiques et intellectuelles à travers le monde.
Entre opportunités globales et durcissement des politiques migratoires
Si l’expatriation offre aux Mauritaniens établis à travers le monde l’opportunité d’élargir leurs horizons, de transcender leurs conditions de vie et d’enrichir leurs parcours professionnels, elle les immerge également dans des écosystèmes socioculturels et politiques d’une grande diversité.
Acteurs de dynamisme par leur force de travail, leur créativité et leurs capitaux, ils irriguent simultanément leurs terres d’accueil et leur patrie d'origine. Néanmoins, ces hommes et ces femmes évoluent désormais dans un paysage mondial marqué, presque partout, par la montée de climats politiques de plus en plus réfractaires aux flux migratoires.
En dépit de ces conjonctures hostiles, la dynamique migratoire ne faiblit pas et se redéploie vers de nouveaux horizons, à l’instar de l’Amérique du Nord. Ce phénomène séduit des pans entiers et hétérogènes de la société mauritanienne, au premier rang desquels une jeunesse vibrante et une composante féminine de plus en plus affirmée.
Souvent dotés d'un capital intellectuel élevé, ces migrants font preuve d'une abnégation remarquable, acceptant fréquemment des fonctions en deçà de leurs qualifications initiales. Toutefois, si cette diaspora s'enorgueillit de trajectoires d’excellence et de profils de haut niveau, elle recèle également des zones de fragilité prégnantes.
Une frange non négligeable, bien que difficile à quantifier, subit la précarité du statut de sans-papiers. Parmi eux figurent des mineurs non accompagnés, proies de réseaux d'exploitation, ainsi que des travailleurs en proie à diverses formes d'aliénation.
À cela s'ajoute le drame discret des aînés, contraints à l'immobilité dans les pays d'accueil en raison de l'impossibilité de transférer en Mauritanie leurs droits sociaux fondamentaux, tels que les pensions de retraite et la couverture maladie.
Cette réalité complexe impose de sanctuariser la protection des droits et de la dignité des Mauritaniens de l'extérieur, indépendamment de leur ancrage géographique. Elle commande une modernisation continue de l’action consulaire afin de leur garantir des prestations administratives, sanitaires et sociales de premier ordre.
Sur le plan immatériel, il devient crucial de maintenir un pont culturel et de répondre avec rigueur et discernement à leurs aspirations spirituelles, en harmonie avec les valeurs cardinales de l'identité mauritanienne et le cadre législatif des nations hôtes.
Cette ambition doit s’articuler autour de programmes structurés de transfert de technologies et de compétences, favorisant des synergies étroites avec les talents mauritaniens dans les domaines scientifiques, académiques, industriels et artistiques.
Placer l'humain au centre de ces politiques publiques est le gage du succès des réformes. Celles-ci doivent être constamment réactualisées pour catalyser l'engagement économique de la diaspora et sécuriser leurs initiatives d'investissement.
Les perceptions et les trajectoires des Mauritaniens de l'étranger se transforment à mesure que s'approfondit leur ancrage civique dans les pays d'accueil. Si la perspective d'un retour définitif demeure minoritaire, l'aspiration à devenir des acteurs du développement national reste universelle.
Nombreux sont ceux qui militent aujourd'hui pour des modèles de vie hybrides, conjuguant harmonieusement une activité professionnelle sur le sol mauritanien et le maintien de leur résidence principale à l'étranger.
Modernisation de l'action consulaire et déploiement culturel
1. Optimisation du réseau consulaire : Renforcer le capital humain des représentations diplomatiques en améliorant leurs effectifs, leur efficacité opérationnelle et la transversalité de leurs compétences, tout en déployant des unités consulaires mobiles dans les zones accusant un déficit de transition numérique.
2. Modernisation de l'offre religieuse : Structurer, en étroite synergie avec les ambassades, un accompagnement spirituel adapté et modernisé pour les communautés expatriées.
3. Ingénierie culturelle de nouvelle génération : Instaurer des structures culturelles agiles, dématérialisées et « prêtes à l'emploi », affranchies des lourdeurs de la gestion patrimoniale et administrative traditionnelle. Ces plateformes piloteront des forums de dialogue, des expositions et des manifestations artistiques visant à pérenniser le sentiment de citoyenneté et à fluidifier les échanges bilatéraux entre les Mauritaniens de l'intérieur et ceux de l'extérieur.
4. Actualisation des conventions bilatérales : Engager des négociations de haut niveau avec les pays d’accueil pour réviser et élargir les accords de sécurité sociale, garantissant ainsi la transférabilité intégrale des droits à la retraite et à la couverture santé lors des retours, qu'ils soient temporaires ou définitifs.
5. Partenariats assurantiels incitatifs : Collaborer avec les institutions financières et les compagnies d’assurance pour concevoir des régimes d’assurance maladie pour les ayants droit et des fonds de retraite complémentaire adossés à des dispositifs d’optimisation fiscale.
6. Flexibilisation du cadre réglementaire : Introduire des réformes législatives audacieuses pour fluidifier le recrutement des hauts profils issus de la diaspora, notamment au sein des corps professoraux, des collèges d'experts et des laboratoires de recherche universitaire.
7. Plateforme prospective des compétences : Développer, via un partenariat public-privé, un outil numérique de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC), axé sur les métiers émergents et les secteurs en tension sur le marché national.
Dynamisation des flux financiers et ancrage économique
1. Ingénierie financière dédiée : Ouvrir les fonds d’investissement nationaux aux capitaux de la diaspora ou créer un fonds souverain dédié, orienté vers des projets à fort impact social, environnemental et solidaire.
2...Stimulation de l'épargne de long terme : Inciter le secteur bancaire mauritanien à formuler des produits d'épargne et de prévoyance attractifs et sur-mesure pour les non-résidents.
3...Réseautage d'affaires international : Structurer des chambres de commerce mauritano-internationales portées par le leadership des opérateurs économiques expatriés dans leurs pays de résidence.
Représentation politique et gouvernance inclusive
1. Intégration institutionnelle : Sanctuariser la présence et la représentativité des Mauritaniens de l'étranger au sein des instances consultatives et des autorités de régulation constitutionnelles.
2. Modernisation du droit de vote : Déployer les infrastructures technologiques et numériques requises pour simplifier l'enrôlement sur les listes électorales et garantir l'exercice effectif du droit de vote lors des scrutins législatifs.
Enfin, La diaspora mauritanienne recèle un gisement exceptionnel de compétences de haut niveau. Les dynamiques récentes de retour volontaire démontrent la capacité de ces cadres à injecter une valeur ajoutée substantielle au sein de l'appareil productif et administratif national, en occupant des fonctions de direction stratégique ou en initiant des investissements structurants dans des secteurs vitaux.
Aujourd'hui, ces forces vives participent activement au renforcement des capacités endogènes du pays. En investissant leur expertise dans des filières clés comme l'industrie, les technologies, l'agriculture et le tourisme, ils opèrent un véritable transfert de connaissances.
Ce vivier hautement qualifié recèle en son sein une élite de scientifiques, d'ingénieurs et de spécialistes des technologies de rupture — notamment en médecine de pointe, en intelligence artificielle, en énergies renouvelables et en génie industriel. Cette concentration de talents positionne idéalement la Mauritanie pour combler ses déficits technologiques et accélérer la modernisation de ses secteurs souverains.
Cheikh Ahmed Ould MOHAMED
Ingénieur
Etablissement portuaire de la Baie du repos de Nouadhibou
