02-10-2026 15:47 - Lettre d’Ould Abdel Aziz à Ghazouani : les avocats de l’État et de la défense s’affrontent sur France 24

Lettre d’Ould Abdel Aziz à Ghazouani : les avocats de l’État et de la défense s’affrontent sur France 24

SHEMS MAARIF - La lettre ouverte adressée par l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz au président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a été au cœur d’un débat télévisé sur France 24, dans l’émission Face à Face, qui a réuni Maître Brahim Ould Ebety, coordinateur des avocats de la défense de l’État mauritanien dans l’affaire dite de la « Décennie », et Maître Abderrahmane Ould Zerough, membre du collectif de défense de l’ancien chef de l’État.

Au cours de cette confrontation, les deux avocats ont livré des lectures différentes de la démarche d’Ould Abdel Aziz et de sa situation actuelle.

Une lettre centrée sur la santé et la détention

Maître Abderrahmane Ould Zerough a indiqué que la correspondance adressée au président Ghazouani compte 15 pages et s’articule principalement autour de deux questions : l’état de santé de l’ancien président et les conditions de son emprisonnement ainsi que les responsabilités liées à sa détention.

L’avocat a longuement développé le volet médical, en s’appuyant, selon lui, sur les dossiers et rapports établis par les médecins ayant examiné son client. Ces documents feraient apparaître, selon sa lecture, la nécessité pour Ould Abdel Aziz de bénéficier de soins dans des centres spécialisés à l’étranger.

La demande d’évacuation sanitaire constitue ainsi l’un des principaux éléments de la lettre adressée au chef de l’État.

« Un règlement de comptes », selon Me Zerough

Le second volet développé par Me Zerough concerne les conditions dans lesquelles son client purge sa peine.

L’avocat a défendu l’idée selon laquelle Ould Abdel Aziz serait victime d’un règlement de comptes, estimant qu’il ne s’agirait pas, selon lui, du procès d’un système dans son ensemble, mais essentiellement de celui d’un seul homme.

Pour étayer son argument, il a notamment souligné que plusieurs responsables ayant fait partie, à des degrés divers, de l’ancien système politique occupent aujourd’hui, selon lui, de hautes fonctions au sein de l’État.

Dans cette lecture, la situation de l’ancien président serait donc, selon son avocat, difficilement dissociable du contexte politique ayant entouré la rupture entre Ould Abdel Aziz et son successeur.

Me Ould Ebety : « un prisonnier comme les autres »

Face à cette argumentation, Maître Brahim Ould Ebety a défendu une position différente.

Le coordinateur des avocats de l’État a rappelé que l’affaire a été jugée à tous les niveaux et que l’ancien président se trouve désormais dans la situation d’un détenu condamné.

Sur la question de la détention, il a considéré qu’Ould Abdel Aziz doit être traité comme un prisonnier parmi les autres. Dès lors, a-t-il soutenu, toute demande relative à ses conditions de détention ou à ses besoins particuliers doit suivre les procédures pénitentiaires ordinaires.

Selon Me Ould Ebety, l’ancien président ne devrait donc pas s’adresser directement au chef de l’État pour ce type de demande, mais au régisseur de la prison, qui constitue, selon lui, l’interlocuteur compétent pour les questions relatives aux besoins des détenus.

Deux lectures opposées d’une même affaire

Le débat sur France 24 a ainsi mis en évidence deux lectures différentes de la situation de l’ancien président.

Pour Me Zerough, la lettre adressée à Ghazouani constitue avant tout une alerte sur l’état de santé de son client et une dénonciation de ce qu’il considère comme les conditions injustes de son emprisonnement.

Pour Me Ould Ebety, en revanche, Ould Abdel Aziz se trouve désormais dans la situation juridique d’un détenu condamné, et ses demandes doivent être traitées dans le cadre des procédures judiciaires et pénitentiaires prévues à cet effet.

Au-delà de la question médicale, l’échange entre les deux avocats a surtout ravivé le débat sur la nature du dossier dit de la « Décennie » et sur la dimension politique que les avocats de l’ancien président continuent de lui attribuer.





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