10-09-2026 21:00 - La Douane confirme : Avec moins de 1,68 m vous êtes incapables de servir votre pays

La Douane confirme : Avec moins de 1,68 m vous êtes incapables de servir votre pays

Après le concours de la Douane : faudra-t-il une révolution des courts et des courtes, pour lever cette injustice ?

Il y a quelque temps, nous publiions un article intitulé : « Les Douanes recrutent : faut-il avoir 1,68 m ou plus pour pouvoir bien servir son pays ? »

2149 personnes l’ont lu, parmi lesquelles figurent es, surement, de hauts représentants de l’État. Nous y posions une question pourtant simple : quelle compétence professionnelle apparaît mystérieusement à 1,68 m et disparaît à 1,67 m ?

Nous n’avons toujours pas trouvé la réponse.

Mais le concours a eu lieu et la règle, elle, a produit ses effets.

Des jeunes hommes et, surtout, de nombreuses jeunes femmes ont été écartés, parfois au centimètre près, non parce qu’ils étaient moins instruits, moins compétents, moins honnêtes, moins courageux ou physiquement inaptes, mais simplement parce que la nature ne leur avait pas accordé les quelques centimètres exigés par l’administration.

La double peine

Il y a quelque chose de profondément injuste dans cette situation.

On ne choisit pas sa taille. Elle dépend de notre patrimoine génétique, mais aussi des conditions sanitaires, nutritionnelles et sociales dans lesquelles nous avons grandi.

Dans un pays où des générations d’enfants ont connu des conditions nutritionnelles difficiles, il y a même une forme de cruauté involontaire à transformer, des années plus tard, les conséquences éventuelles de ces conditions en obstacle à l’emploi public.

Le jeune qui n’a pas bénéficié des meilleures conditions de croissance serait ainsi pénalisé une première fois pendant son enfance et une seconde fois lorsqu’il cherche du travail. Après avoir subi sa condition, il devrait en être tenu responsable.

Et quelle faute aurait commise une jeune femme mesurant 1,64 m, 1,65 m ou 1,67 m ? Aucune. Elle est simplement ce qu’elle est.

La priver de la possibilité de servir son pays pour cette seule raison revient à lui demander de répondre d’une caractéristique physique qu’elle n’a jamais choisie et qu’elle ne peut plus modifier.

Où est la dimension humaine ?

Une administration a évidemment besoin de règles. Mais une règle n’est pas juste simplement parce qu’elle existe.

Elle doit avoir une finalité.

Elle doit être raisonnable.

Et lorsqu’elle exclut des citoyens d’un emploi public, elle devrait surtout avoir un rapport démontrable avec leur capacité à exercer cet emploi.

Or, jusqu’à présent, personne ne nous a expliqué pourquoi une personne de 1,67 m serait incapable d’accomplir correctement une tâche qu’une personne de 1,68 m pourrait accomplir.

Dailleurs, notre pays a engendré des personnes responsable, dont les compétences et les capacités physiques et intellectuelles, la bravoure et le dévouement à la nation, dans tous les corps militaires et paramilitaires, sont connues au niveau national.

Concernant nos pauvres candidats :

Pour courir ? Faisons-les courir.

Pour vérifier leur endurance ? Testons leur endurance.

Pour apprécier leur force ? Évaluons leur force.

Pour contrôler une déclaration en douane, traiter un dossier, utiliser un ordinateur, liquider des droits, vérifier une marchandise ou délivrer un document ?

Mesurons leurs compétences.

Mais mesurer leur corps pour déterminer leur aptitude à accomplir une fonction qui n’exige pas cette caractéristique revient à confondre apparence physique et capacité professionnelle.

Et les femmes ?

Le caractère injuste de cette règle apparaît encore davantage pour les femmes.

Les femmes étant généralement moins grandes que les hommes, fixer exactement le même seuil à 1,68 m revient à établir une règle identique en apparence mais dont les conséquences sont profondément différentes.

Beaucoup de jeunes Mauritaniennes peuvent avoir le diplôme requis, réussir les épreuves intellectuelles, présenter toutes les garanties de moralité et être parfaitement aptes physiquement, tout en étant éliminées avant de pouvoir démontrer leurs qualités.

Et pour quel motif ? Quelques centimètres.

Cela devient particulièrement incompréhensible lorsque l’on sait que de nombreux agents des Douanes, hommes comme femmes, exercent des fonctions administratives, financières, juridiques, informatiques ou documentaires.

On attend toujours que quelqu’un nous explique en quoi deux ou trois centimètres supplémentaires améliorent la capacité à lire une déclaration en douane.

Faudra-t-il bientôt une révolution des courts et des courtes pour corriger le tir ?

Si les décideurs aveuglés par le pouvoir présent qu’ils détiennent, persistent et signe, ils doivent apprendre que l’immunité m, n’immunise pas et que mal ressenti, s’ajoute et se propage comme le feu qui brûle.

Il faudra peut-être que les personnes de petite taille songent à s’organiser !

Créer peut être une Association nationale des citoyens insuffisamment longs ? Pour porter le parapluie, de la légalité qui les protègerait comme un filet de pêches des orages que leur impudence pourrait susciter.

Elles pourraient créer un « Syndicat des moins de 1,68 m », avec une section féminine qui, probablement, ne manquerait pas d’adhérentes.

Leur manifeste serait simple :

« Nous sommes courts, mais nos droits ne doivent pas l’être. »

Et leur révolution pourrait être redoutable, car leur taille qui les a invisibiliser peut ajouter à leurs performances.

Une révolution pacifique, naturellement : celle des arguments, du droit, de l’humour et de la persévérance.

Car nos « révolutionnaires » ne réclameraient ni privilège ni faveur. Ils demanderaient seulement qu’on cesse de leur reprocher d’être nés comme ils sont.

Ils pourraient même poser une question embarrassante : si la taille devient progressivement un critère d’accès au service de l’État, faudra-t-il demain mesurer les ministres, les magistrats, les médecins, les enseignants les hauts gradés des forces armées et les directeurs d’administration ? Ceux qui n’avaient pas la taille miracle doivent-ils rembourser à la nation tout ce qu’ils ont perçu pour exercer une fonction qui leur est interdite ?

Et si un responsable chargé de défendre le seuil de 1,68 m mesure lui-même 1,67 m, devra-t-il commencer par reconnaître qu’il aurait été incapable de devenir douanier ?

L’absurdité d’une règle apparaît parfois mieux lorsqu’on la pousse jusqu’à ses conséquences logiques.

Il est encore temps

Il ne s’agit pas de contester l’autorité de l’État ni la nécessité de sélectionner rigoureusement les agents des Douanes.

Il s’agit précisément de demander à l’État de sélectionner mieux, d’être juste dans tout ce qui accessoire, au moins.

Qu’il recherche les plus compétents.

Qu’il sélectionne les plus intègres.

Qu’il exige une excellente condition physique lorsque la fonction le nécessite.

Qu’il écarte ceux qui ne possèdent pas les capacités indispensables au métier. Mais qu’il ne transforme pas une caractéristique physique sans rapport démontré avec la fonction en condamnation professionnelle.

Le premier article posait une question.

Les jeunes éliminés lors de ce recrutement lui donnent aujourd’hui des visages. Derrière chaque centimètre manquant, il y avait un candidat, une candidate, un espoir, parfois des années d’études et la volonté de servir son pays.

Il ne faudrait pas que l’administration oublie cette dimension humaine. L’injustice est source de malheurs et ses conséquences désastreuses dépassent les individus quelle que soit la taille qu’ils veulent bien s’approprier :

قُلْ كُونُوا حِجَارَةً أَوْ حَدِيدًا (50) أَوْ خَلْقًا مِّمَّا يَكْبُرُ فِي صُدُورِكُمْ فَسَيَقُولُونَ مَن يُعِيدُنَا قُلِ الَّذِي فَطَرَكُمْ أَوَّلَ مَرَّةٍ

Car lorsque l’État exclut arbitrairement une personne pour ce qu’elle est, plutôt que pour ce qu’elle vaut ou ce qu’elle peut faire, la question cesse d’être seulement administrative.

Elle devient une question de justice.

Et si les courts et les courtes doivent un jour faire leur révolution, souhaitons qu’elle reste celle que nous proposons aujourd’hui :

Une révolution du bon sens.

Oumar MOHAMED MOCTAR EL HAJ

Avocat

oumarmohamed@hotmail.com





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