10-08-2026 16:51 - Guidimakha : du Karakoro au fleuve Sénégal, deux projets miniers et un territoire en pleine mutation

Guidimakha : du Karakoro au fleuve Sénégal, deux projets miniers et un territoire en pleine mutation

Almamy Soumaré -- Dans le sud du Guidimakha, deux projets miniers attirent aujourd'hui l'attention : le projet aurifère de Ghabou et le projet cuivre-or de Diaguily. À première vue, il s'agit de deux initiatives distinctes, portées par des acteurs différents et situées sur des sites séparés.

Pourtant, une lecture territoriale révèle une réalité plus complexe : ces projets s'inscrivent dans un même espace vivant, où les dynamiques hydrologiques, écologiques, agricoles, sociales et économiques sont profondément interconnectées.

L'annonce récente de l'accord permettant à la société australienne Zeus Resources d'acquérir progressivement le projet cuivre-or de Diaguily, après les développements enregistrés autour du projet aurifère de Ghabou, confirme que le Guidimakha méridional entre dans une nouvelle phase de son développement.

À l'est, le projet industriel de Ghabou s'étend sur une concession d'environ 451 km², illustrant l'ampleur des transformations qui s'annoncent dans cette partie de la Mauritanie. Ces investissements ouvrent des perspectives importantes pour l'économie régionale.

Ils invitent cependant à dépasser une lecture exclusivement sectorielle afin de mieux comprendre les transformations qu'ils pourraient induire dans un territoire où les ressources naturelles, les systèmes hydrologiques, les activités agricoles et pastorales ainsi que les communautés locales entretiennent depuis longtemps des relations étroites.

Un territoire qui évolue plus vite que ses frontières administratives

Cette nouvelle dynamique intervient dans un contexte particulier de recomposition territoriale. Les réformes administratives engagées ces dernières années ont conduit à la création de nouvelles communes et à une redéfinition des limites de plusieurs collectivités du Guidimakha.

Si ces évolutions répondent à une volonté de rapprocher l'administration des populations, elles illustrent également une réalité plus profonde : les investissements, les infrastructures et les nouveaux flux économiques progressent désormais à un rythme qui dépasse souvent les capacités d'adaptation des territoires.

Les futurs flux de travailleurs, de marchandises, de capitaux et d'infrastructures ne s'arrêteront pas aux limites communales. Ils traverseront des paysages, des bassins versants et des espaces de vie dont le fonctionnement repose sur des continuités écologiques et humaines bien plus anciennes que les découpages administratifs récents.

Cette observation ne remet pas en cause la décentralisation. Elle rappelle simplement qu'une gouvernance territoriale efficace doit pouvoir articuler les compétences administratives avec le fonctionnement réel des paysages.

Deux projets, un même système territorial

Le projet aurifère de Ghabou et le projet cuivre-or de Diaguily ne doivent donc pas être considérés comme deux enclaves indépendantes.

À l'est, Ghabou s'inscrit dans le système du Karakoro, vaste vallée transfrontalière qui structure depuis longtemps les mobilités humaines, les activités pastorales, l'agriculture de décrue et les échanges avec les territoires voisins.

À l'ouest, Diaguily se développe dans la commune de Gouraye, au contact du corridor du fleuve Sénégal. Le secteur est traversé par un réseau d'oueds saisonniers, parmi lesquels l'oued Touna, qui participe au drainage des eaux depuis les plateaux intérieurs vers les plaines alluviales du sud.

Ces deux pôles ne relèvent pas du même bassin versant. Ils appartiennent cependant à un même territoire fonctionnel, dont les composantes demeurent reliées par les infrastructures, les réseaux hydrographiques, les activités économiques et les mobilités humaines. Cette lecture permet de dépasser l'analyse classique par projet pour replacer les investissements miniers dans une dynamique territoriale beaucoup plus large.

Diaguily et Moulessimou : un paysage de mémoire et de continuité

Autour de Diaguily, les enjeux ne se limitent pas aux ressources du sous-sol.

À proximité immédiate se trouve Moulessimou, l'un des anciens villages du corridor du fleuve Sénégal. Son ancienneté et les vestiges préservés par la communauté témoignent d'une occupation humaine pluriséculaire, rappelant que ces paysages portent autant une mémoire culturelle qu'un potentiel économique.

Comme de nombreux villages du Guidimakha, Moulessimou illustre la manière dont les communautés ont construit, au fil des générations, des relations étroites avec les terres agricoles, les ressources en eau, les parcours pastoraux et les écosystèmes riverains.

Cette dimension humaine invite à considérer les futurs projets de développement non seulement sous l'angle économique, mais également à travers leur capacité à maintenir les continuités écologiques, sociales et culturelles qui ont façonné ces paysages au fil du temps.

Des infrastructures qui redessinent progressivement le territoire

Les projets miniers ne constituent pas les seules transformations à l'œuvre dans le Guidimakha méridional. Ils s'inscrivent dans un territoire où les infrastructures de transport modifient progressivement les conditions de mobilité, d'accès aux marchés et d'organisation des espaces.

Depuis plus d'une décennie, l'axe Kaédi-Sélibaby-Gouraye, souvent appelé Route des Baobabs, a profondément amélioré la desserte du sud du Guidimakha. Plus récemment, le nouvel axe Sélibaby-Ghabou renforce à son tour l'accessibilité du département de Ghabou et accompagne l'émergence de nouvelles activités économiques.

Ces infrastructures représentent un levier majeur de développement. Elles facilitent les échanges, réduisent l'enclavement et créent de nouvelles opportunités pour les populations locales. Mais elles transforment également les paysages.

Dans les territoires sahéliens, une route ne transporte pas seulement des véhicules : elle réorganise les mobilités, influence les implantations humaines, modifie certains écoulements naturels et accélère les interactions entre les différents espaces qu'elle relie.

Lorsqu'elles accompagnent l'arrivée de grands investissements, ces infrastructures deviennent ainsi des vecteurs de transformation territoriale bien au-delà de leur seule fonction de transport.

Des effets qui peuvent devenir cumulatifs

L'enjeu ne réside donc pas uniquement dans chacun des projets pris isolément.

Il réside dans la combinaison progressive de plusieurs dynamiques qui se développent simultanément au sein d'un même territoire :

● l'essor des activités minières ;

● l'amélioration des infrastructures routières ;

● l'évolution des mobilités et des échanges ;

● les besoins croissants en ressources en eau ;

● les changements d'occupation des sols ;

● les nouvelles pressions exercées sur les espaces agricoles, pastoraux et les écosystèmes.

Pris séparément, chacun de ces phénomènes peut sembler maîtrisable. Ensemble, ils sont susceptibles de produire des effets cumulés qui dépassent largement les limites des sites concernés.

Dans les paysages sahéliens, les bassins versants, les vallées agricoles, les oueds saisonniers et les corridors fluviaux fonctionnent comme un ensemble interdépendant. Une modification localisée peut progressivement produire des conséquences en aval, influencer les flux hydrologiques, modifier les dynamiques sédimentaires ou renforcer certaines vulnérabilités déjà existantes.

Cette réalité rappelle qu'un territoire ne fonctionne pas comme une juxtaposition de projets, mais comme un système où circulent en permanence l'eau, les sédiments, les espèces, les populations, les activités économiques et les décisions publiques.

Faire du développement un facteur de résilience

Cette nouvelle étape du développement du Guidimakha offre une opportunité qui dépasse les seuls enjeux miniers.

Elle invite à renforcer une planification territoriale capable d'accompagner simultanément le développement économique, la préservation des ressources naturelles et la résilience des communautés.

Une telle approche ne consiste pas à opposer exploitation des ressources et protection de l'environnement. Elle cherche au contraire à mieux comprendre les interactions entre les différentes composantes du territoire afin d'anticiper les évolutions futures, d'identifier les zones sensibles et de maintenir les fonctions écologiques qui soutiennent durablement les activités humaines.

Dans cette perspective, les paysages deviennent eux-mêmes des infrastructures naturelles. Les vallées, les oueds, les zones humides, les espaces agricoles, les parcours pastoraux et les corridors écologiques ne constituent pas des éléments isolés ; ils participent ensemble au fonctionnement du territoire et à sa capacité d'adaptation face aux changements.

Le véritable défi du Guidimakha

Les projets de Ghabou et de Diaguily marquent probablement le début d'une nouvelle séquence de développement pour le Guidimakha méridional.

Le défi ne sera pas seulement d'exploiter les ressources du sous-sol. Il sera surtout de préserver les équilibres qui permettent au territoire de continuer à produire de l'eau, des terres agricoles, des espaces de pâturage, de la biodiversité et des opportunités pour les générations futures.

Dans un contexte sahélien déjà marqué par le changement climatique, la question n'est donc plus uniquement de savoir où investir, mais comment accompagner ces investissements dans un territoire dont la véritable richesse réside autant dans ses paysages, ses communautés et ses continuités écologiques que dans les ressources qu'il renferme.



Almamy Soumaré
Praticien certifié – IUCN Global Standard for Nature-based Solutions (NbS)



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