06-08-2026 21:45 - Crise à la FIFA : la Mauritanie doit-elle miser sur le mauvais cheval ?
Rim Sport -- La crise qui secoue aujourd'hui la FIFA dépasse largement la personne de Gianni Infantino. Elle révèle une fracture profonde entre les différentes composantes du football mondial et pourrait rebattre les cartes de la gouvernance internationale à quelques mois de l'élection présidentielle prévue le 18 mars 2027 à Rabat.
Longtemps présenté comme un président solidement installé, Gianni Infantino traverse désormais la période la plus délicate de son mandat. Les prises de distance successives de plusieurs de ses proches collaborateurs, l'abandon de son projet controversé de FIFA Forward Enterprise (FFE) et la montée d'une opposition structurée, notamment en Europe, fragilisent considérablement sa position.
Face à cette contestation, le président de la FIFA continue toutefois de s'appuyer sur un socle de soutien composé de nombreuses fédérations africaines, de plusieurs pays du Moyen-Orient et d'une partie de l'Asie. Cette réalité place les dirigeants africains devant un choix stratégique qui pourrait avoir des conséquences importantes.
Pour la Mauritanie, comme pour d'autres fédérations africaines, la prudence s'impose. En diplomatie sportive, les alliances personnelles sont souvent moins durables que les intérêts institutionnels. Miser exclusivement sur un dirigeant dont l'avenir est devenu incertain comporte des risques politiques et sportifs.
Si Gianni Infantino venait à quitter la présidence, volontairement ou à la suite d'une défaite électorale, les fédérations qui auront affiché un soutien inconditionnel pourraient voir leur influence diminuer auprès de la nouvelle gouvernance.
L'histoire des organisations internationales montre que chaque alternance s'accompagne généralement d'un redéploiement des équilibres et des réseaux d'influence.
La Mauritanie a tout intérêt à préserver sa crédibilité en cultivant des relations solides avec l'ensemble des acteurs du football mondial : la FIFA, les confédérations continentales, l'UEFA, la CAF et les autres partenaires stratégiques.
Une diplomatie sportive efficace repose davantage sur la défense des intérêts nationaux que sur un alignement personnel.
Cela ne signifie pas qu'il faille rompre avec Gianni Infantino, dont le mandat a également été marqué par un accroissement des investissements de la FIFA dans plusieurs pays africains. Mais il serait imprudent de confondre coopération institutionnelle et soutien politique sans réserve.
À quelques mois du Congrès de Rabat, l'Afrique devra parler d'une voix responsable. Son influence ne dépendra pas uniquement du candidat qu'elle soutiendra, mais de sa capacité à défendre une gouvernance transparente, crédible et respectueuse des intérêts de toutes les fédérations.
La Mauritanie, qui s'est imposée ces dernières années comme un acteur de plus en plus visible sur la scène footballistique africaine, gagnerait à adopter une posture d'équilibre, fondée sur la continuité institutionnelle, la neutralité stratégique et la défense de ses propres priorités.
Dans une période où les rapports de force évoluent rapidement, la meilleure alliance reste celle conclue avec les intérêts du football mauritanien. Les hommes passent, les institutions demeurent.
Mohamed Ould Feily "Antar "
