15-05-2026 11:18 - La Mauritanie refuse la venue d’une délégation étrangère pour un hommage à une figure anti-esclavagiste
RFI-Afrique -- En Mauritanie, le climat se crispe entre les autorités et les défenseurs des droits humains. Une délégation de l'organisation américaine Abolition Institute s'est vu refuser l'entrée à Nouakchott.
Elle venait rendre hommage à Boubacar Messaoud, figure historique de la lutte contre l'esclavage, récemment décédé. Un rejet sans motif qui inquiète une fois de plus la société civile.
Empêcher des militants internationaux d’honorer la mémoire de Boubacar Messaoud est perçu comme une mesure autoritaire.
Pour Bakary Tandia, cofondateur de l’Abolition Institute et président de l'IRA-America, ce blocage est un signal dangereux qui rappelle les relations tendues par le passé entre Nouakchott et Washington : « Le rejet de leur demande de visa rappelle le refoulement de 2017 qui a provoqué l'exclusion de la Mauritanie de l'Agoa [l’African Growth and Opportunity Act ou « Loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique », une loi commerciale américaine adoptée en 2000 qui permet à certains pays d’Afrique d’exporter des milliers de produits vers les États-Unis sans droits de douane, NDLR].
Il n'est pas du tout dans l'intérêt de la Mauritanie de durcir sa position. Si le motif est d'empêcher la délégation d'avoir des informations sur la détention des membres et des députés de l'IRA [mouvement antiesclavagiste, NDLR], c'est un coup d'épée dans l'eau car à l'heure des médias sociaux, aucun pays ne peut contrôler le flux de l'information. »
Au-delà de cet hommage interdit, c'est bien la situation politique interne qui inquiète. Les condamnations récentes à quatre ans de prison des députées d'opposition Mariem Cheikh Dieng et Ghamou Achour sonnent, pour beaucoup, comme un tournant autoritaire.
« Une certaine inquiétude »
Hawa Ciré Ba, activiste féministe, militante des droits humains y voit une volonté de faire taire les voix critiques : « On ne peut s'empêcher de ressentir une certaine inquiétude. Quand les autorités limitent la visibilité sur des dossiers sensibles comme les droits humains ou l'esclavage, cela alimente les craintes d'une fermeture du pays. Le pouvoir semble privilégier la stabilité politique immédiate, quitte à réduire l'espace de concertation. »
Selon les observateurs, en durcissant le ton face aux critiques intérieures et aux regards extérieurs, la Mauritanie s'expose à un nouvel isolement sur la scène internationale.
Avec notre correspondant à Nouakchott, Oumar Elhadj Thiam
