05-04-2026 15:30 - Le 25 mars 2025 – le 4 avril 2026 | Deux dates : l’une pour prévenir, l’autre pour constater… sans renoncer à l’espoir

Le 25 mars 2025 – le 4 avril 2026 | Deux dates : l’une pour prévenir, l’autre pour constater… sans renoncer à l’espoir

Lettre ouverte à Son Excellence le Président de la République,

Mohamed Ould Cheikh Ghazouani

Objet : Des idées copiées, d’autres — ainsi que leur auteur — ignorées : autopsie d’un dialogue en difficulté

Les tâtonnements et les blocages observés dans la conduite du Dialogue national inclusif ne me surprennent guère. Dès le départ, j’avais clairement alerté certains acteurs politiques.

Par sens des responsabilités, je ne pouvais exprimer publiquement des réserves susceptibles de fragiliser une initiative portée par un Président que j’ai soutenu avec conviction. Politiquement et moralement, cela ne s’imposait pas. J’ai toutefois pris soin de marquer ma distance en indiquant que je ne solliciterais pas d’invitation et que je n’y prendrais pas part.

Pour autant, je ne suis pas resté inactif. J’ai formulé des recommandations précises et proposé une feuille de route pour la phase préparatoire, dont une large part a été reprise.

Avec le recul d’une année, la relecture de ces propositions confirme leur pertinence et la justesse de nos réserves. Si cette feuille de route avait été appliquée avec rigueur et exhaustivité, nombre des difficultés actuelles auraient pu être évitées.

Deux idées essentielles ont cependant été omises :

Premièrement, l’implication, dans l’évaluation des contributions, d’une équipe de savants et d’experts mauritaniens reconnus pour leur compétence et leur neutralité politique. J’avais notamment évoqué Abdel Weddoud Ould Cheikh, ainsi que d’anciens cadres de l’IMRS, auxquels auraient pu s’ajouter d’autres personnalités de référence telles que Mohamed El Moktar Maballa, des imams de mosquées — y compris de la vallée —, des chefs spirituels, des anciens diplomates (Ahmedou, Abdallah Mohamed Mahmoud Weddady), et bien d’autres.

Deuxièmement, la nécessité de rémunérer le travail de réflexion. Produire des idées originales, structurées et utiles exige du temps, des compétences et des sacrifices. Il ne s’agit pas de recueillir des vœux pieux ou des expressions dictées par l’ego, mais bien de susciter une véritable production intellectuelle.

Une exception mauritanienne aurait pu être instaurée par les responsables de ce dossier national et stratégique, en consultant l’auteur de la feuille de route au lieu de la reprendre sans référence à son origine. Cette pratique — consistant à s’approprier des idées sans reconnaissance — a malheureusement été récurrente, sauf par Votre Excellence lorsque celles-ci vous parviennent sous ma signature.

Le détournement des idées est, à bien des égards, encore plus préoccupant que celui des fonds publics. Et pour cause : les idées sont plus rares que les ressources à détourner.

Comme je l’ai exposé dans le livre blanc que je vous ai exclusivement adressé, le travail de réflexion stratégique est coûteux pour ceux qui s’y consacrent pleinement. Il revient à l’État mauritanien de le susciter, de l’encourager et de le rémunérer à sa juste valeur, comme cela se pratique dans tous les pays du monde. La preuve vous en a été apportée dans ce même livre blanc, qui vous était exclusivement destiné.

Aurais-je la force et l’envie de revenir sur ce sujet — le Dialogue ? Je l’espère.

Pour attester de l’authenticité de mes propos, je joins la lettre ouverte que je vous ai adressée il y a plus d’un an, le 25 mars 2025.

Il suffit de comparer.

Ci-joint : extrait de la lettre du 25 mars 2025

Lettre ouverte

À Son Excellence Mohamed Ould Cheikh Ghazouani, Président de la République

Objet : Quelques propositions pour réussir le « Dialogue national inclusif »

Excellence,

J’écris ce mot pour rappeler quelques-unes de nos spécificités qu’il serait utile d’avoir présentes à l’esprit. Me fondant sur ces spécificités et sur les expériences vécues, je me permets de suggérer quelques modalités de mise en œuvre pouvant contribuer à la réussite de ce projet, dans l’intérêt général qui se confond avec votre intérêt politique.

Quelques particularités de la scène politico-médiatique et de ses animateurs:

1. Le subjectivisme et la personnalisation excessive de tout ce qui concerne les systèmes, en général, et la politique, en particulier, réduisent tout au choix des personnes au détriment des autres dimensions :

• la préparation convenable des actions ;

• l’étude approfondie de leurs conséquences et de leurs effets collatéraux ;

• la prise des dispositions nécessaires et préalables ;

• la méthodologie scientifique appropriée.

2. L’incapacité ou la difficulté de combiner, en politique, la manœuvre intelligente et sincère avec les principes politiques et les idéologies.

3. L’individualisme et l’égoïsme chez ceux qui sont censés être dévoués à une cause et à l’intérêt général.

4. La phraséologie et les slogans creux et démagogiques en lieu et place des diagnostics objectifs et des programmes bien élaborés.

5. L’indisponibilité des « leaders », due à l’incapacité matérielle, financière ou cognitive de consacrer le temps nécessaire à une réflexion longue et approfondie permettant de produire de bonnes idées et de bonnes solutions.

6. La présence, sur la scène, de personnes de mauvaise foi dont les objectifs sont inavoués, parce qu’ils sont tout simplement inavouables.

Tous ces facteurs constituent des handicaps et des obstacles au succès de cette entreprise nécessaire et louable, mais encore hypothétique : le Dialogue national inclusif.

Nos propositions

La finalité de notre proposition est d’atténuer, voire de neutraliser, les effets négatifs des facteurs énumérés ci-dessus.

Préalablement à l’ouverture du dialogue

1. Prévoir une phase de préparation (durée à fixer).

2. Lancer un appel à manifestation d’intérêt à l’intention des Mauritaniens : personnalités indépendantes, partis politiques, intellectuels, etc., qui pensent avoir des idées utiles, pertinentes et applicables.

Dans ce cadre, il sera demandé à chacun(e) de fournir :

• une proposition de liste des thèmes et des questions à débattre ;

• une réflexion approfondie sur un ou plusieurs thèmes de son choix ;

• un document présentant des solutions concrètes pour faire avancer le pays et résoudre les problèmes structurels.

3. Créer une commission de synthèse chargée de recevoir toutes les contributions écrites.

4. Créer une commission d’experts indépendants pour évaluer et valoriser les travaux, par exemple présidée par le savant Abdel Weddoud Ould Cheikh et composée d’anciens de l’Institut Mauritanien de Recherches Scientifiques (IMRS). Cette commission attribuera une note à chaque contribution.

5. Dégager une enveloppe de 500 millions à 1 milliard MRO (l’enjeu est national et stratégique, il vaut davantage), destinée à :

• rémunérer les travaux jugés sérieux ;

• inciter à une large participation nationale ;

• rémunérer les membres des commissions.

6. Répartir cette enveloppe entre les participants en fonction de la valeur de leur production, sur la base des notes attribuées.

Je précise, enfin, que je ne suis pas intéressé par une participation à ces travaux préparatoires.

Cette phase préparatoire à un véritable débat d’idées nous paraît indispensable. Sans cette préparation intelligente et méticuleuse, le Dialogue national inclusif sera marqué par l’improvisation, les joutes verbales, le défoulement d’orateurs démagogues et des échanges d’émotions… l’échec.

Veuillez recevoir, Excellence, l’expression de ma très haute considération.

Mohamed Ould Mohamed El Hacen

Président de l’Institut 2IRES

25/03/2025





Les articles, commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité


Commentaires : 0
Lus : 374

Postez un commentaire

Charte des commentaires

A lire avant de commenter! Quelques dispositions pour rendre les débats passionnants sur Cridem :

Commentez pour enrichir : Le but des commentaires est d'instaurer des échanges enrichissants à partir des articles publiés sur Cridem.

Respectez vos interlocuteurs : Pour assurer des débats de qualité, un maître-mot: le respect des participants. Donnez à chacun le droit d'être en désaccord avec vous. Appuyez vos réponses sur des faits et des arguments, non sur des invectives.

Contenus illicites : Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes ou antisémites, diffamatoires ou injurieux, divulguant des informations relatives à la vie privée d'une personne, utilisant des oeuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).

Cridem se réserve le droit de ne pas valider tout commentaire susceptible de contrevenir à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, promotionnel ou grossier. Merci pour votre participation à Cridem!

Les commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité.

Identification

Pour poster un commentaire il faut être membre .

Si vous avez déjà un accès membre .
Veuillez vous identifier sur la page d'accueil en haut à droite dans la partie IDENTIFICATION ou bien Cliquez ICI .

Vous n'êtes pas membre . Vous pouvez vous enregistrer gratuitement en Cliquant ICI .

En étant membre vous accèderez à TOUS les espaces de CRIDEM sans aucune restriction .

Commentaires (0)