17-02-2026 12:49 - Militant américain des droits civiques | Le pasteur Jesse Jackson s’est éteint à 84 ans
LA PRESSE - Le pasteur Jesse L. Jackson, un protégé de Martin Luther King Jr qui a dirigé le mouvement des droits civiques pendant des décennies en plus d’être candidat à la présidence des États-Unis à deux reprises, est mort mardi. Il avait 84 ans.
Sa fille, Santita Jackson, a confirmé que son père s’est éteint chez lui, entouré de sa famille.
Jeune organisateur à Chicago, M. Jackson avait été convoqué pour rencontrer M. King au Lorraine Motel à Memphis peu avant l’assassinat de ce dernier, et s’était ensuite publiquement positionné comme son successeur.
Jesse Jackson a mené toute sa vie des croisades aux États-Unis et à l’étranger, défendant les pauvres et les personnes sous-représentées sur des questions allant du droit de vote et des occasions d’emploi à l’éducation et aux soins de santé.
Il a remporté des victoires diplomatiques auprès des dirigeants mondiaux et, grâce à sa coalition Rainbow/PUSH, il a relayé les revendications de fierté noire et d’autodétermination dans les conseils d’administration des entreprises.
Et lorsqu’il déclarait « Je suis quelqu’un » dans un poème qu’il répétait souvent, il cherchait à toucher les personnes de toutes les origines.
« Je suis peut-être pauvre, mais je suis quelqu’un ; je suis peut-être jeune, mais je suis quelqu’un ; je suis peut-être bénéficiaire de l’aide sociale, mais je suis quelqu’un », martelait M. Jackson.
C’était un message qu’il prenait au pied de la lettre et à titre personnel, lui qui était sorti de l’anonymat dans le Sud ségrégationniste pour devenir le militant des droits civiques le plus connu des États-Unis après Martin Luther King.
Malgré de graves problèmes de santé au cours de ses dernières années, notamment une maladie neurologique rare qui affectait sa capacité à bouger et à parler, Jackson a continué à protester contre l’injustice raciale à l’ère du mouvement « Black Lives Matter ».
La voix de M. Jackson, imprégnée des cadences entraînantes et d’une puissante insistance, exigeait l’attention. Pendant ses discours, il utilisait des rimes et des slogans pour faire passer ses messages.
M. Jackson avait ses détracteurs, tant au sein des communautés noires qu’à l’extérieur. Certains le considéraient comme un cabotin, trop désireux de se mettre en avant.
Revenant sur sa vie et son héritage, M. Jackson a déclaré à l’Associated Press en 2011 qu’il se sentait privilégié d’avoir pu travailler auprès de ceux l’avaient précédé et de pouvoir poser les bases pour ceux qui viendraient après lui.
« Une partie de notre travail consistait à abattre des murs et à construire des ponts, et en un demi-siècle, nous avons essentiellement abattu des murs », a souligné M. Jackson.
« Parfois, lorsque vous abattez des murs, vous êtes blessé par les débris qui tombent, mais votre mission est d’ouvrir des passages afin que ceux qui vous suivent puissent passer. »
Aux côtés de King
Jesse Louis Jackson est né le 8 octobre 1941 à Greenville, en Caroline du Sud.
Quart-arrière vedette de l’équipe de football du lycée Sterling, il a accepté une bourse d’études de l’Université de l’Illinois. Mais après avoir appris que les Noirs ne pouvaient pas jouer au poste de quart partant, il a été transféré à l’Université North Carolina A&T à Greensboro.
Il y est devenu le quart partant, un étudiant brillant en sociologie et en économie, et le président du corps étudiant.
Arrivé sur le campus historiquement noir en 1960, quelques mois seulement après que les étudiants eurent lancé des occupations dans un restaurant réservé aux Blancs, M. Jackson s’est plongé dans le mouvement des droits civiques en plein essor.
En 1965, il a rejoint la marche pour le droit de vote menée par Martin Luther King en Alabama. M. King l’a envoyé à Chicago pour lancer une opération visant à faire pression sur les entreprises pour qu’elles embauchent des travailleurs noirs.
M. Jackson a qualifié le temps passé avec King de « quatre années de travail phénoménales ».
M. Jackson était aux côtés de M. King lors de son assassinat, le 4 avril 1968. Selon le récit de M. Jackson, M. King est mort dans ses bras.
Avec son sens du dramatique, M. Jackson a porté pendant deux jours un col roulé qu’il disait imprégné du sang de M. King, notamment lors d’un service commémoratif organisé par le conseil municipal de Chicago.
Cependant, plusieurs collaborateurs de M. King ont remis en question la possibilité que M. Jackson ait réellement pu avoir du sang de M. King sur ses vêtements. Il n’existe aucune image de M. Jackson prise peu après l’assassinat.
Aspirations présidentielles
Jesse Jackson s’est présenté deux fois à la présidence et a obtenu de meilleurs résultats que n’importe quel autre homme politique noir avant Barack Obama, remportant 13 primaires et caucus pour l’investiture démocrate en 1988, quatre ans après sa première tentative infructueuse.
« J’ai pu me présenter deux fois à la présidence et redéfinir ce qui était possible, a-t-il fait valoir à l’AP. Une partie de mon travail consistait à semer les graines des possibilités. »
M. Jackson a également milité en faveur d’un changement culturel, se joignant aux appels lancés à la fin des années 1980 pour que les Noirs aux États-Unis soient identifiés comme Afro-Américains.
« Être appelé Afro-Américain a une intégrité culturelle — cela nous place dans notre contexte historique approprié », a expliqué M. Jackson à l’époque.
« Chaque groupe ethnique de ce pays a une référence à une base, une base culturelle historique. Les Afro-Américains ont atteint ce niveau de maturité culturelle. »
Quelques ennuis
Les propos de M. Jackson lui ont parfois valu des ennuis.
En 1984, il s’est excusé pour ce qu’il pensait être des commentaires privés à un journaliste, qualifiant New York de « Hymietown », une référence péjorative à son importante population juive.
En 2008, il a fait la une des journaux lorsqu’il s’est plaint que M. Obama « parlait avec condescendance aux Noirs » dans des commentaires captés par un micro qu’il ne savait pas être allumé pendant une pause dans l’enregistrement d’une émission de télévision.
Pourtant, lorsque M. Jackson s’est joint à la foule en liesse dans le Grant Park de Chicago pour accueillir M. Obama le soir des élections, il avait les larmes aux yeux.
M. Jackson a également exercé son influence à l’étranger, rencontrant des dirigeants mondiaux et remportant des victoires diplomatiques.
En 2000, le président Bill Clinton lui a décerné la Médaille présidentielle de la liberté, la plus haute distinction civile des États-Unis.
Sophia Tareen
Associated Press
