16-02-2026 07:45 - Les chefs d'Etat militaires depuis le 10 juillet 1978 (suite )

Les chefs d'Etat militaires depuis le 10 juillet 1978 (suite )

Erratum: dans l'épisode précédent lire le 6 Avril 1979 date de la prise du pouvoir par le colonel Ahmed Ould Bouceif; d'autre part le journaliste Abdel Aziz Dahmani n'est pas marocain, il est plutôt de nationalité tunisienne.

D/ Maawiya Ould Taya: le pouvoir de l'argent prend forme.

Le 12 décembre 1984 fût une délivrance pour la majorité des mauritaniens. On avait la certitude que Ould Haidallé allait museler les libertés publiques en s'inspirant du modèle totalitaire marxiste-léniniste des pays du bloc soviétique. Enfin de compte, l'arrivée de Maawiya a été ressentie dès lors comme un soulagement.

Ceux qui ont réellement connu ce militaire de carrière, originaire de l'Adrar décrivent un officier réservé, simple, de bonne moralité et ayant un penchant pour la modernité. La perle rare qui va satisfaire toutes les attentes des mauritaniens, à savoir l'éducation, la santé, le pouvoir d'achat, l'épineuse question de l'eau, de l'électricité, une appréciable gouvernance.

Mais le pouvoir comme l'a bien illustré le premier président mauritanien feu Mokhtar Ould Daddah, n'est point une sinécure. Très tôt Maawiya va être confronté aux affres de la politique intérieure, par le biais du réveil du nationalisme panarabe baathiste et le séparatisme négro-mauritanien. Deux asymptotes irréconciliables qui s'observent, se mesurent et se détestent à l'infini.

A un moment, Maawiya a instauré l'apprentissage de l'Arabe pour les membres du comité militaire, les ministres et autres officiers. Ce qui semble stigmatiser en particulier les Peulhs, puisqu'il a été perçu par tous les gens de la vallée d'ailleurs comme une provocation. En 1985 au Cpos (cours de perfectionnement des officiers subalternes), qu'on appelle aussi brevet de capitaine, 13 lieutenants dont une dizaine de negro-mauritaniens, ont échoué à l'examen de sortie de l'Emia.

S'en était trop pour consolider la théorie du complot chez les Peulhs et selon laquelle, ils seraient de plus en plus marginalisés, discriminés par le pouvoir de Maawiya Ould Taya., après avoir été choyés par celui de Ould Haidallé pendant 4 ans de 1980 à 1984. Ainsi on lui fera sortir le "manifeste du négro-mauritanien opprimé" en 1986, en plein sommet des chefs d'Etat africains à Addis-Abeba, en Ethiopie. Et voilà qu'une année plus tard, en octobre 1987 une tentative de coup d'Etat, perpétrée par de jeunes officiers Peulhs est déjouée.

Enfin en 1989-90 un différend éclate entre la Mauritanie et le Sénégal, provoqué et souhaité par certains habitants de la Vallée, aussi bien sur la rive gauche côté Sénégal que sur la rive droite et ayant la bénédiction des autorités de Dakar . Voilà que Maawiya a fait plus d'une mandature empêtré dans des problèmes de communautés.

Puis vint le temps de la démocratie en 1992 avec les exigences de la Banque Mondiale... et son fameux ajustement structurel qui donnera un rôle capital mais également un blanc-seing au FMI afin de "dynamiter les économies infrastructurelles" des pays en développement, surtout les plus précaires, situées dans l'hémisphère Sud, particulièrement en Afrique.

Il fallait alors liquider toutes les sociétés d'Etat jadis pourvoyeuses d'emplois à des argentiers nationaux sans scrupules. Dès lors le capitalisme sauvage s'est introduit chez nous en Mauritanie, avec lui son corollaire, à savoir le pouvoir de l'argent. Maawiya, bousculé constamment par les organisations des droits de l'homme pour cause du passif humanitaire, accusé d'avoir cédé à la gabegie, n'a concrétisé aucune réalisation de taille après 21 ans de pouvoir.

Le 8 Juin 2003, son régime est secoué par de jeunes militaires excédés par son immobilisme, et le 3 Août 2005, il sera renversé, remplacé par feu le colonel Ely Ould Mohamed Vall, ancien Directeur de la Sûreté. Les instigateurs cette fois, sont deux colonels, Mohamed Ould Abdel Aziz et Mohamed Ould Cheikh Ghazwani.

E/ Ely Ould Mohamed Vall: juste une transition de 18 mois.

Jusque là les pouvoirs militaires se succèdent et se ressemblent. La transition n'a pas apporté de changements structurels. Elle a été plutôt l'occasion pour le pouvoir de dilapider les maigres ressources financières du pays. C'est pour cette raison que cette transition qui devrait durer 2 ans, a finalement été écourtée.

L'Histoire retiendra que la transition de 2005-2007 était une occasion pour son vrai chef, à savoir le colonel Mohamed Ould Abdel Aziz d'apprendre de près les mécanismes du fonctionnement de la présidence. L'occasion lui sera donnée par le président civil feu Sidi Ould Cheikh Abdallahi, ce dernier mettant à la retraite d'office 3 généraux, les plus gradés de la république.

Aziz, commandant le Basep (bataillon sécurité présidentielle), détenant les moyens d'agir, a sauté sur l'occasion pour destituer le président élu Sidi Ould Cheikh Abdallahi. La brève parenthèse du pouvoir civil entre les régimes militaires depuis 1978, n'aura duré que quelques mois. F/ Mohamed Ould Abdel Aziz: le cas particulier.

Mohamed Ould Abdel Aziz appartient à la catégorie intermédiaire des officiers, qui est venue juste après celle de nos officiers pionniers post indépendance. Cette catégorie intermédiaire va de 1975, date du début de la guerre du Sahara, à l'an 2000, soit exactement une génération. Normalement et dans l'ordre naturel des choses, une génération qui succède à la précédente devrait détenir plus d'atouts qu'elle aux plans intellectuel, professionnel, expérimental etc...

Au regard de ce postulat, Aziz qui incarnait l'esprit de la génération intermédiaire, théoriquement plus instruite, ouverte sur le monde et surtout pragmatique, n'a pas fait mieux que ses aînés dont les moyens financiers pour engager des réforme, étaient dérisoires.

Certes l'Armée a fait un bond en avant de par sa structure et son infrastructure; certes un aéroport et deux hôpitaux ont été édifiés à partir principalement d'un troc relatif au foncier. Mais le progrès économique d'un pays se voit plutôt à partir de l'amélioration du panier de la ménagère, de la création d'emploi pour les jeunes, du réseau routier, de l'eau, de la santé pour tous. Etre président, ce n'est pas un privilège, au contraire, c'est une lourde responsabilité devant l'Histoire.

G/ Ghazwani : à mi-mandat:

Il serait inapproprié de vouloir juger le bilan du président Mohamed Cheikh Ghazwani, juste après son premier mandat, le second venant à peine de commencer. Si le mandat précédent a été perturbé par les élucubrations de l'ancien président Aziz, le second a débuté par l'entame d'un dialogue dont la trame semble intéressante.

L'issue de ce dialogue est déterminante car certains opposants qui ne veulent pas y prendre part, sont malintentionnés. Leur regard se tourne uniquement vers l'année 2029. Cette date serait-elle porteuse de tous les dangers? En tout cas, il y a un opposant sectaire, grandiloquent qui se voit déjà "président" de la république islamique de Mauritanie(sic). Achtung minen....

Tout ce que je sais, c'est que Ghazwani porte en lui les valeurs standard de l'humanité concrète, de humanisme normatif qu'on doit trouver chez une "res cogitans" A la fin de son second mandat et si Allah nous Prête vie, nous ne manquerons pas incha'Allah de consigner pour la descendance ce qu'on a vu et connu de son parcours; car "connaître c'est aussi mesurer" selon l'historien et philosophe des Sciences Léon Brunschvicg./.

Bon Ramadan à tous les musulmans, particulièrement à mes compatriotes mauritaniens.

ELY SIDAHMED KROMBELE





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Source : Ely Krombele
Commentaires : 1
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Commentaires (1)

  • abdoull (H) 16/02/2026 09:08 X

    Ce monsieur est les plus grands ennemis de la composante negro mauritaniens du pays .Il parle toujours avec mepris raconte des balivernes et il se prend pour un intellectetuel. C'est rare de voir un bambara bidhanisé "raciste" et qui se montre avec des articles tissée de mensonges et contreverités. Essaye de te rectifier et ne pas persister par haine d'autrui ça ne paye rien.