27-01-2026 12:33 - Secteur pêche : Un Symposium International et une vision nouvelle pleine d’espoir
L’Institut Mauritanien de Recherches Océanographiques et des Pêches (IMROP) organisera, du 27 au 29 janvier courant à Nouakchott, un symposium international autour du thème « le poulpe : quels scenarios de durabilité, face aux défis écologiques, économiques et sociaux, dans un contexte de changements climatiques ».
L’examen des mots clés du thème de ce Symposium International en perspective, fait aisément découvrir une nouvelle orientation vers une vision conforme aux principes du développement durable, c’est-à -dire une gestion du poulpe sur la base des 3 piliers interdépendants : l’environnemental, l’économique et le social.
Serait-ce une vision pleine d’espoirs sachant qu’elle est applicable à l’exploitation de l’ensemble des ressources naturelles des écosystèmes aquatiques maritimes et dulcicoles du pays.
L’objectif de cet écrit n’est pas de commenter le programme de cette grande manifestation internationale ou d’anticiper sur ses résultats attendus par les décideurs et les professionnels du secteur ou éventuellement par les scientifiques et les acteurs les plus avertis parmi la société civile.
Il est plutôt celui de saisir cette opportunité pour rappeler le contexte dans lequel s’organise le Symposium. C’est un contexte caractérisé par une situation de surexploitation alarmante de la majorité des principaux stocks (y compris le poulpe) selon les derniers résultats du Groupe de Travail de de l’IMROP de 2023 et des groupes de travail de COPACE (FAO) de 2024.
Le rapport de janvier 2025 sur l’évaluation de la mise en œuvre de la stratégie sectorielle 2020-2024 échue le 31 décembre 2024, attribue cette situation de notre patrimoine halieutique à l’augmentation croissante et mal maîtrisée des capacités de pêche dans tous les segments et aux dysfonctionnements du système de gestion théoriquement basé sur une limitation des captures ; un effort de pêche excédentaire par rapport aux possibilités réelles de pêche et des dépassements récurrents des quotas autorisés, continuant de susciter la colère et l’indignation des professionnels patriotes et responsables.
Cette réalité ne peut être, ni cachée par ceux qui exagèrent les potentialités énormes et réelles du secteur des pêches, ni changée par ceux qui reconnaissent l’existence de défis innombrables sans toutefois les détailler de façon à en informer un large pan des citoyens intéressés par l’avenir de ce secteur stratégique pour le développement du pays.
Une autre caractéristique de ce contexte, en constitue le faible accompagnement des structures de politique du secteur dont la recherche, aux efforts que déploie le Ministère depuis 2015 (COP21) quand la Contribution Déterminée au niveau National (CDN) est devenue le cadre climat pour le pays en tant que partie à la CCNUCC.
De telles structures, devraient en effet éclairer les décideurs sur la nécessité d’institutionnaliser les changements climatiques et d’intégrer l’adaptation à ces changements dans le secteur de la pêche et améliorer techniquement et scientifiquement les contributions du secteur aux CDN, aux CN, etc.
Ceci signifie, la prise en compte de la problématique des changements climatiques en général, et de l’adaptation, en particulier, dans les stratégies, les programmes, les plans et les projets du secteur conformément aux dispositions du Plan National d’Adaptation au changement climatique (PNA-CC).
Dans ce domaine, il est à noter que la vulnérabilité aux changements climatiques du Littoral Mauritanien auquel on assimile souvent le secteur des pêches maritimes, est appréciée à travers cinq (5) aléas et risques majeurs : (i) les perturbations du régime des vents, (ii) la hausse de la température, (iii) l’élévation du niveau de la mer, (iv) la fréquence et la longueur des périodes de sécheresse et (v) l’acidification des eaux de l’Océan.
Par rapport à ces aléas et risques, les documents de référence citent sept (7) unités d’exposition de pêche: (1) les communautés (en particulier les femmes et la jeunesse), (2) les ressources pélagiques, (3) les infrastructures, (4) les ressources démersales, (5) les acteurs de la pêche (pêcheurs, mareyeurs, transformateurs), (6) l’administration de pêche et (7) les moyens de captures ; les communautés, les ressources pélagiques, les infrastructures et les ressources démersales représentant, par ordre, les unités les plus sensibles à l’exposition aux aléas et risques climatiques caractéristiques du secteur des pêches.
Sur le plan socioéconomique, le contexte actuel connait des tentatives portant sur l’évaluation des perte et dommages liés aux changements climatiques.
A propos, le MEDD a tenté pour la première fois en 2025 cet exercice en se basant sur la contribution du secteur au PIB national et sur les scenarii climatiques réalisés pour le secteur à l’horizon 2050 et 2100 en partant de la vulnérabilité observée.
L’analyse de cette contribution pour la période 2019-2023, avait donné 6,5% en 2019, 6,3% en 2020, 5,1% en 2021, 4,3% en 2022 et 2,8% en 2023. Une régression constante d’année en année laissant à méditer.
D’autre part, le Département des pêches et les structures de sa politique sont également interpelés sur l’application de la CDB, notamment en ce qui concerne la satisfaction de ses obligations en matière de conservation de la diversité biologique (biodiversité) aquatique.
Alors, développer la recherche appliquée et fondamentale dans les institutions spécialisées et universitaires devient un impératif et ce malgré le contexte actuel ou les fonctions académiques et pédagogiques d’encadrement des laboratoires, des unités de recherche et des écoles de master et de doctorat, sont confiées, de manière illégitime et anticonstitutionnelle aux seuls cadres de moins de 65 ans d’âge.
La promotion de la recherche, permettra d’éviter aux avis d’experts de se substituer lentement aux données et informations scientifiques et techniques. Elle permettra aussi de poursuivre l’amélioration des connaissances sur cet Octopus vulgaris a l’issue du Symposium, notamment en ce qui concerne :
La migration : le poulpe a-t-il migré du nord vers sud ou était-il apparu comme apparaissent habituellement les générations spontanées ? Il semble aussi continuer à migrer de la cote vers le large atteignant des profondeurs inhabituelles.
La biologie et l’éthologie : (i) régime trophique (disponibilité des espèces de préférences et rabattement éventuel, par nécessité, sur de nouvelles espèces, l’état de celles-ci), (ii) la taille et la composition spécifique des populations au sein desquelles le poulpe évolue dans le cadre d’une dynamique tributaire de multiples facteurs internes et externe (effet de masse), (ii) les impacts actuels et potentiels de la pêche et des changements climatique sur ce fameux poulpe.
Pertes et dommages : évaluation et modélisation afin d’aider les planificateurs du secteur.
Attention, les arrangements adaptatifs auxquels parviennent l’être vivant (la nature), sont souvent insaisissables et, par conséquent, imprévisibles !
Dr Sidi El Moctar TALEB HAMME
