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28-10-2026

11:47

Ould Naghra : "La question du troisième mandat exige une position claire et sans ambiguïté du président de la République"

LE CALAME : Entretien avec M. Eknate ould Naghra, responsable de l'Information et de la Communication du parti Tawassoul.

Le Calame -- Votre parti a tenu, le 21 Octobre, des sit-in contre les appels à un 3ème mandat. Si la majorité persiste et tente d’imposer cette option lors du dialogue national ou via une voie référendaire/parlementaire, quelle sera la riposte exacte de l'opposition, et quelle est votre analyse du mutisme actuel du président de la République sur cette question ?

Eknate Ould Naghra : D'abord, je remercie l'illustre journal « Le Calame » pour cette précieuse opportunité. Quant à vos interrogations, notre position est claire et nous l'avons exprimée franchement lors des sit-in du 21 Octobre dernier, sous le slogan «Les trois Non », dont en premier : Non au troisième mandat. Nous considérons que le respect de la Constitution et l'alternance pacifique au pouvoir sont deux piliers essentiels de la stabilité politique.

Si cette option est imposée, que ce soit à travers le Dialogue national ou via un parcours parlementaire, voire référendaire, nous nous y opposerons politiquement et civilement, et nous œuvrerons à coordonner les positions avec les différentes forces qui la rejettent, tout en nous attachant aux moyens pacifiques, légaux et constitutionnels. Le Dialogue national doit être une opportunité pour traiter les dysfonctionnements de gouvernance, pas une entrée pour changer les règles de l'alternance.

Concernant le mutisme du président de la République, la nature de cette question exige une position claire, sans ambiguïté. Nous ne voulons pas construire notre position sur l'interprétation du silence, mais ce qui est requis est une déclaration franche qui tranche le débat et rassure l'opinion publique sur le respect de la Constitution.

- La désignation de la délégation de l’opposition devant prendre part au dialogue national semble constituer un facteur de blocage. Quels sont précisément les points de discorde au sein de l'opposition et comment Tawassoul, chef de file de l’opposition, compte-t-il dépasser ces blocages pour présenter un front uni ?

- Le Dialogue national est une opportunité importante, c'est pourquoi Tawassoul a annoncé sa disposition à y participer. Mais sa réussite exige des conditions de sérieux, de crédibilité et d'inclusivité, et que l'opposition y participe en tant que partenaire politique ayant sa vision, pas comme une partie qui donne une couverture politique à des résultats décidés à l’avance.

À cet égard, les points de discorde au sein de l'opposition portent sur deux niveaux : l'appréciation de l'opportunité même de participer et de ses garanties, et la manière de coordonner les positions et de déterminer les mécanismes de représentation. D'où les divergences entre participation, boycott ou participation conditionnée.

En tant que parti présidant l'Institution de l'Opposition Démocratique, notre responsabilité est de contribuer à rapprocher les points de vue par le dialogue et la concertation, sans imposer une position aux autres. L'unité ne se construit pas par le simple accord sur les noms de la délégation, mais par l'unification de la vision sur les questions fondamentales : respect de la Constitution, préservation des libertés, État de Droit et justice sociale. Notre message est que nous sommes prêts, par principe, mais nous voulons un dialogue sérieux qui aboutira à de vraies réformes.

- Au vu des récents résultats de la commission d'enquête sur la SOMELEC, que reste-t-il, selon vous, des engagements du pouvoir en matière de lutte contre la gabegie et de transparence dans la gestion des deniers publics ?

- La publication du rapport de la commission d'enquête sur les incendies des deux postes de transformation de la SOMELEC est une étape importante. Il a signalé des lacunes graves dans l'exécution des travaux, le contrôle et la sécurité, et a présenté des recommandations. Mais la question fondamentale est : que faire après le rapport ? Le citoyen qui a souffert des coupures n'attend pas seulement des mots, mais des mesures concrètes.

La lutte contre la gabegie ne doit pas s'arrêter au changement de responsables, mais reposer sur la responsabilité juridique, la récupération des fonds dilapidés, la réforme du système des marchés publics et le renforcement de la transparence. Le rapport SOMELEC ne doit pas être traité comme un cas isolé, mais comme une opportunité pour revoir la gouvernance des entreprises publiques et garantir l'indépendance des organes de contrôle.

Ce que nous attendons précisément, c'est une annonce claire de la mise en œuvre des recommandations, le renvoi à la justice de qui et ce qui doit l'être, ainsi que l'information de l'opinion publique, dans le respect de la présomption d'innocence.

- Quel regard porte votre parti sur le dernier remaniement ministériel, ainsi que sur la récente tournée du Premier ministre sur les chantiers publics de Nouakchott ? Qu'attendez-vous concrètement de ces initiatives sur le plan de la gouvernance et des conditions de vie des citoyens ?

- Nous n'évaluons pas, en soi, la performance du gouvernement à travers les remaniements ou les tournées, mais à travers les résultats tangibles dans la vie des citoyens. Le remaniement peut être une occasion de corriger les déséquilibres, mais sa valeur dépend de sa capacité à provoquer un changement dans les politiques publiques et la qualité des services.

La tournée du Premier ministre pour inspecter les chantiers peut ainsi aider à suivre l'exécution et à identifier les obstacles, mais elle doit se transformer en mécanisme de reddition de comptes et d'évaluation, et ne pas rester de simples visites qui se terminent avec la couverture médiatique.

Le citoyen attend une amélioration tangible dans l'éducation, la santé, l'électricité, l'eau, les routes et le coût de la vie. C'est pourquoi nous attendons, du gouvernement, la publication de données claires sur les taux d'avancement des projets, les délais, les coûts, les entités responsables et les causes des retards. La priorité doit être donnée aux projets qui touchent directement la vie des citoyens, avec des marchés publics transparents.

- Le nouveau ministre de la Culture a émis une circulaire portant interdiction de l’usage du français dans les correspondances administratives internes de son département ; ceci au moment où la Mauritanie bat campagne pour sa candidate à la tête de la Francophonie (OIF), la docteure Coumba Ba qui, invitée sur France 24 il y a quelques jours, affirmait que le français n’était pas en recul dans le pays, ce qui n’a pas manqué de susciter divers débats. Quelle est la position officielle de Tawassoul face à cette démarche ministérielle et à cette candidature nationale ?

- Il faut distinguer deux questions différentes.

Concernant la circulaire, la langue arabe est la langue officielle du pays en vertu de la Constitution et il est naturel que toutes les institutions œuvrent à renforcer sa présence dans les correspondances. Cette circulaire s'inscrit dans le cadre de l'organisation du travail administratif interne au secteur.

Mais nous estimons que la promotion de l'arabe doit se faire dans le cadre d'une politique linguistique nationale claire et équilibrée qui respecte la Constitution, renforce la place de l'arabe et préserve en même temps la diversité linguistique et culturelle de la société mauritanienne, y compris les langues nationales et le français comme langue d'ouverture en laquelle de nombreux Mauritaniens ont été formés. Ce ne doit pas être un conflit entre les langues, ni un moyen de compétition entre les composantes de notre Nation.

Concernant la candidature de madame la docteure Coumba Ba à la présidence de l'OIF, elle doit être considérée comme une candidature nationale à un poste international, évaluée sur la base de la compétence, de l'expérience et de sa capacité à représenter la Mauritanie. Le renforcement de la place de l'arabe dans l'Administration ne contredit pas, en soi, l'ouverture sur l'espace francophone.

En revanche, le soutien à un candidat national ne dispense pas le gouvernement de sa responsabilité de respecter la Constitution et d'appliquer ses dispositions. Les politiques internes et les actions diplomatiques doivent être cohérentes et refléter une vision claire de l'identité mauritanienne à dimensions multiples, arabe et africaine, à l'ombre de l'islam comme référence suprême.

Propos recueillis par Dalay Lam



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