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26-10-2026

11:26

Nouvelle équipe gouvernementale, vieux handicaps structurels : la voie de la réussite / Par Ahmed Youra Ould Haye

L’équipe gouvernementale issue du dernier remaniement ministériel doit prendre à bras le corps les vieux handicaps structurels de l’économie nationale dont la dépendance aux ressources naturelles, le faible niveau de diversification productive et de compétitivité, la vulnérabilité aux changements climatiques et au stress hydrique, l’insuffisante offre d’infrastructures, la fragilité du tissu productif avec une prédominance de l’informel, les inégalités territoriales, la mauvaise gouvernance, l’inefficacité des systèmes d’éducation et d’intermédiation financière et les limites des capacités institutionnelles.

S’ajoutent à cela actuellement des contraintes externes consécutives aux retombées de la guerre en Ukraine et au Moyen-Orient, aux tensions qui existent au nord et à l’est, à la question migratoire liée au statut de pays de transit vers l’Europe et d’accueil de réfugiés et à l’asthénie de l’intégration régionale amplifiée par un faible degré de diversification du tissu économique.

La voie de la réussite de l’équipe gouvernementale implique nécessairement de mettre fin à la « tyrannie des urgences », d’apporter des solutions concrètes de court terme et de préparer l’avenir en formulant et en mettant en œuvre une stratégie de développement à moyen et long terme centrée autour de la maximisation des ressources des secteurs extractifs et leur utilisation rationnelle comme source de financement pour une transformation structurelle de l’économie.

Cette transformation devrait passer fondamentalement à travers quatre domaines à savoir :

(i) le développement du contenu local afin d’ancrer la richesse dans l’économie, développer l’emploi et la compétitivité des entreprises et améliorer les conditions de vie des populations ;

(ii) l’expansion de l’agriculture au sens large (production végétale, production animale et pêche) en vue d’assurer la souveraineté et la sécurité alimentaires et de fixer les populations dans leurs terroirs ;

(iii) l’essor des énergies renouvelables, de l’hydrogène vert et des services énergétiques en tant qu’axe central de la compétitivité future du pays qui dispose en la matière d’un avantage comparatif certain et

(iv) le déploiement du numérique et des services aux entreprises dont l’impact sur les jeunes diplômés et les petites et moyennes entreprises est particulièrement prononcé. Les activités dans ces domaines doivent être menées de concert avec le développement du capital humain, de l’emploi productif, du secteur privé, des infrastructures, de la compétitivité territoriale et de la gouvernance économique.

Cela suppose la mobilisation, la mise en œuvre effective et la fidélisation de l’expertise indispensable, associée à un pragmatisme de bon aloi, pour conduire les réformes macroéconomiques vitales et négocier des contrats complexes, singulièrement dans les domaines des mines, des hydrocarbures et de la pêche.

Les résultats escomptés en termes de croissance durable, inclusive et génératrice d’emplois spécialement pour les jeunes et les femmes ne pourront cependant être atteints que dans un environnement d’intégrité absolue et de « tolérance zéro » envers la corruption surtout dans la gestion des ressources publiques, les secteurs économiques stratégiques, les marchés publics et la gestion du foncier.

Il en résultera forcément l’optimisation de l’utilisation des ressources rares disponibles et le rétablissement de la crédibilité de l’administration, si souvent décriée, auprès des populations et des partenaires au développement.

En sus de l’expertise, du pragmatisme et de l’intégrité, l’approche de proximité avec les populations est essentielle pour bien appréhender les réalités locales et faire passer un message sans équivoque garantissant la lisibilité des politiques publiques aux populations et, en conséquence, leur nécessaire engagement.

Par ailleurs, « la gestion en silos » des départements ministériels, qui a beaucoup prévalu jusqu’à présent, s’est traduite, entre autres, par des problèmes de lenteur décisionnelle et de duplication des efforts. Seule la pleine et entière coordination entre les différents ministères permettra une osmose vertueuse entre des domaines actuellement séparés sur le plan administratif tels que la programmation, l’investissement, la formation, l’emploi et l’action sociale.

Bien que le Budget-programme, mis en place en 2026, offre le cadre adéquat pour cette coordination, son succès est largement tributaire du dépassement des rivalités interministérielles classiques et du contrôle rapproché de la performance par le Ministère des Finances et l’Assemblée nationale dont les moyens doivent être, à cet effet, renforcés substantiellement.

En outre, il est indispensable de procéder, en dehors de toute démagogie et de toute phraséologie salonnarde, à l’évaluation constante de l’action gouvernementale. Elle mérite d’être faite à partir d’indicateurs concrets, le plus désagrégés et mesurables possibles, comme l’amélioration du pouvoir d’achat, la création d’emplois, l’accès à l’éducation et à la santé, l’amélioration de la situation des enfants et des adolescents sur laquelle l’UNICEF vient de tirer la sonnette d’alarme, la qualité des services publics, les infrastructures et la réduction de la pauvreté dans ses dimensions monétaire et multidimensionnelle.

Le Premier Ministre qui définit, sous l’autorité de Président de la République, la politique du Gouvernement, se trouve, bien évidemment, en première ligne pour mobiliser l’équipe et coordonner son action, fixer le cap, veiller au respect des programmes dans les délais impartis et trancher, en toute clarté et impartialité, les divergences et autres tiraillements entre départements ministériels qui pourraient survenir.

Dans ce cadre, l’opportunité doit être offerte à chaque ministre de prendre résolument toutes ses responsabilités et les initiatives y afférentes, d’assumer pleinement ses décisions, de rendre compte de ses résultats et d’accepter l’évaluation qui est l’un des moteurs essentiels de la transparence et de la confiance.

Il reste entendu que si la stabilité des politiques constitue le pilier fondamental sur lequel repose l’Etat, la stabilité des équipes gouvernementales en charge de les mettre en œuvre, différente de leur immobilité, est importante. Elle contribue, en effet, à la continuité de l’action publique et à sa visibilité, à la maitrise de l’administration publique, à la crédibilité internationale et à la confiance des populations.

La voie de la réussite de l’équipe gouvernementale n’est pas celle de la précipitation ou de l’improvisation. Bien au contraire, elle est constituée de la vision stratégique, de la volonté, du courage, de la force de l’action raisonnée et commune, de la patience et du souci constant d’inscrire l’action dans la durée.

La métamorphose des défis structurels en opportunités pour construire l’avenir est une voie semée d’embûches. On peut y échouer. « C’est dur d’échouer – disait le plus jeune président de l’histoire des USA, Theodore ROOSEVELT –, mais c’est encore pire de n’avoir jamais essayé de réussir. »/.



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