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Les Douanes recrutent, faut-il vraiment mesurer 1,68 m pour pouvoir servir l’État ?
L’avis de recrutement, dont la date de dépôt des dossiers cours du 13 au 20 août 2026, publié par la Direction Générale des Douanes impose aux candidats d’avoir une taille minimale de 1,68 m.
À première vue, cette exigence peut sembler relever des conditions ordinaires d'accès à un corps en uniforme. Mais lorsqu'on s'interroge sur sa justification et surtout sur ses conséquences, une question simple apparaît :
Pourquoi un Mauritanien mesurant 1,67 m serait-il moins apte à servir les Douanes qu'un autre mesurant 1,68 m ?
Et pourquoi une jeune Mauritanienne diplômée, compétente et en parfaite condition physique devrait-elle être éliminée d'un concours uniquement parce qu'il lui manque quelques centimètres ?
La question mérite d'être posée aux pouvoirs publics.
Mesurer l'aptitude, pas les centimètres
Il est parfaitement légitime que l'État exige des capacités physiques particulières lorsque les fonctions exercées le nécessitent. Certaines missions douanières de terrain peuvent exiger endurance, force, agilité et résistance.
Mais la taille et l’aptitude physique ne sont pas synonymes.
Un candidat de 1,65 m peut être beaucoup plus sportif, résistant et apte à intervenir qu'un candidat de 1,75 m. Si certaines fonctions nécessitent une condition physique particulière, des épreuves sportives et médicales permettent de la mesurer directement et beaucoup plus efficacement.
Surtout, que la Douane moderne n'est pas exclusivement constituée d'agents accomplissant des missions physiques sur le terrain.
Elle assure également le contrôle des déclarations, la liquidation des droits et taxes, le contrôle documentaire, la comptabilité, le contentieux, l'informatique, les statistiques, le renseignement, la gestion administrative et de nombreuses autres fonctions techniques.
Beaucoup de douaniers — et notamment de douanières — sont affectés à ces tâches.
Quelle importance présente la taille d'un agent qui édite, vérifie ou délivre un document ?
Quelle différence professionnelle existe-t-il, devant un ordinateur ou un dossier douanier, entre l'agent qui mesure 1,66 m et celui qui mesure 1,70 m ?
Aucune, sauf à en apporter la démonstration.
Un critère qui pénalise particulièrement les femmes
La condition de 1,68 m soulève également une importante question d'égalité entre les hommes et les femmes.
Une règle peut être identique pour tous sur le papier et néanmoins produire des conséquences très différentes selon les personnes auxquelles elle s'applique.
Les femmes étant en moyenne moins grandes que les hommes, un seuil uniforme de 1,68 m est susceptible d'éliminer proportionnellement beaucoup plus de femmes que d'hommes.
C'est précisément ce que le droit moderne appelle une discrimination indirecte lorsqu'un critère apparemment neutre désavantage particulièrement une catégorie de personnes sans être objectivement nécessaire à l'exercice de la fonction.
La question n'est d'ailleurs pas nouvelle.
La Cour de justice de l'Union européenne a examiné le cas de la Grèce, qui exigeait une taille minimale de 1,70 m pour les hommes comme pour les femmes souhaitant intégrer une école de police. La Cour a relevé qu'une telle règle désavantageait un nombre beaucoup plus important de femmes et qu'il fallait démontrer qu'elle était appropriée et nécessaire aux fonctions concernées.
Cette décision ne s'impose évidemment pas à la Mauritanie. Mais son raisonnement mérite réflexion : si l'on recherche la force, l'endurance ou l'agilité, pourquoi ne pas mesurer directement ces capacités au lieu de mesurer la taille ?
Une question également sociale
Il existe en Mauritanie une autre dimension qui mérite d'être prise en considération.
La taille d’un adulte dépend de facteurs génétiques, mais elle est également influencée par les conditions de croissance, notamment sanitaires et nutritionnelles.
Des générations de Mauritaniens ont grandi dans des conditions économiques et alimentaires parfois difficiles. La malnutrition et les carences subies pendant l'enfance peuvent avoir des conséquences durables sur la croissance.
Il serait donc paradoxal que certains citoyens ayant subi durant leur enfance les conséquences de conditions sociales défavorables soient, une fois adultes, pénalisés une seconde fois par l'État en raison de leurs caractéristiques physiques.
Nous ne disposons peut-être pas encore de statistiques nationales suffisamment précises pour déterminer quelle proportion des Mauritaniens et des Mauritaniennes se situe en dessous de 1,68 m. Cette étude mériterait précisément d'être réalisée.
Mais avant d'imposer une telle barrière à l'accès à un emploi public, il serait logique que l'administration puisse démontrer son utilité.
La société mauritanienne et la taille des femmes
Il faut également regarder notre propre histoire sociale.
Dans certaines composantes de la société mauritanienne, les représentations traditionnelles de la beauté féminine ont longtemps davantage valorisé certaines formes corporelles que la grande taille. Des habitudes alimentaires et des pratiques sociales ont également accompagné ces représentations.
Cette dimension anthropologique mériterait certainement d'être mieux documentée.
Mais une chose est certaine : la femme ne choisit pas sa taille.
Lorsque l'État fixe un seuil uniforme relativement élevé, il risque donc d'exclure une partie importante des candidates avant même d'avoir examiné leur niveau d'études, leurs compétences, leur intégrité ou leur aptitude réelle à exercer le métier.
Et cette exclusion paraît encore plus difficile à comprendre lorsque ces futures douanières pourraient être affectées à des tâches administratives, juridiques, financières, documentaires ou informatiques.
Que dit le principe d'égalité d'accès à l'emploi public ?
La question possède enfin une dimension juridique.
L'article 12 de la Constitution mauritanienne prévoit que :
« Tous les citoyens peuvent accéder aux fonctions et emplois publics sans autres conditions que celles fixées par la loi. »
Il serait donc utile que l'administration indique clairement le fondement juridique précis de l'exigence des 1,68 m : loi, statut particulier, décret, arrêté ou autre texte.
Mais au-delà même de sa légalité formelle, il faut s'interroger sur sa nécessité et sa proportionnalité.
Toute différence de traitement n'est évidemment pas discriminatoire. Une exigence particulière peut être parfaitement justifiée lorsqu'elle est indispensable à l'exercice d'une fonction.
Encore faut-il pouvoir expliquer pourquoi.
Pourquoi 1,68 m ?
Pourquoi pas 1,67 m ou 1,65 m ?
Quelle étude démontre qu'à 1,67 m un candidat devient moins capable d'accomplir les missions douanières ?
Supprimer la taille ne signifie pas diminuer les exigences
Demander la suppression de cette condition ne signifie nullement réclamer un recrutement au rabais.
Au contraire, soyons plus exigeants sur ce qui compte réellement.
Pour les fonctions opérationnelles, maintenons des examens médicaux sérieux et imposons, lorsque cela est nécessaire, des épreuves d'endurance, de force, de rapidité ou d'agilité.
Pour les autres fonctions, sélectionnons les candidats selon leurs connaissances, leurs compétences, leur intégrité et leur capacité à exercer le métier.
La Douane d'aujourd'hui a besoin d'agents capables de maîtriser le droit douanier, les systèmes informatiques, les techniques de contrôle, le commerce international, la fiscalité, la lutte contre la fraude et les procédures administratives.
Aucune de ces compétences ne se mesure en centimètres.
Un appel aux pouvoirs publics
Il serait donc souhaitable que les pouvoirs publics réexaminent et suppriment la condition générale de taille minimale de 1,68 m pour le recrutement des Douanes, sauf éventuellement pour des fonctions très particulières pour lesquelles une nécessité objective et démontrable l'imposerait.
L'aptitude physique, lorsqu'elle est nécessaire, doit être évaluée par des épreuves d'aptitude physique.
La compétence doit être évaluée par des épreuves professionnelles.
L'intégrité doit être vérifiée.
La santé doit être contrôlée.
Mais la taille ne devrait pas devenir une compétence professionnelle.
À une époque où la Mauritanie cherche à moderniser son administration, à favoriser l'emploi des jeunes et à renforcer la participation des femmes à la vie professionnelle, il serait difficile de justifier l'exclusion d'une candidate compétente ou d'un candidat parfaitement apte simplement parce qu'il lui manque quelques centimètres.
La question que nous adressons respectueusement aux pouvoirs publics est donc très simple :
Voulons-nous recruter les meilleurs agents pour nos Douanes, ou les candidats les plus grands ?
À compétence égale, à intégrité égale et à aptitude physique égale, un centimètre ne devrait pas décider de l'avenir professionnel d'un citoyen.
J’ajouterai que le d »lai d’une semaine ne serait pas suffisant pour ceux qui doivent se faire d délivrer des documents de l’Etat civil, des copies de diplômes ou de certificat, et ALLAH sait combien cela peut constituer un vrai défi. Seuls les gens qui savent ou peuvent prévoir les dates retenu pour ces concours peuvent avoir préparé leurs dossiers. Un d »lai de deux à 3 semaines serait tout à fait raisonnable. Il n’en demeure pas moins que l’Etat est roi et le citoyen, à déjà l’avantage de pouvoir se plaindre et se mordre les doigts.
Oumar MOHAMED MOCTAR EL HAJ
Avocat
oumarmohamed@hotmail.com