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29-04-2026

11:35

SNIM : volumes records, bénéfices en chute libre… la communication masque-t-elle les vraies fragilités ?

J’ai lu avec beaucoup d’attention le communiqué de la SNIM publié hier, Mardi 28 avril 2026, sur la page Facebook de la société minière.

À première vue, le texte est bien rédigé et soigné dans sa forme. Mais à y regarder de plus près, il ressemble davantage à un exercice de communication défensive qu’à une véritable reddition de comptes.

La société met en avant des records de volumes : ventes, transport, terrassement. Pourtant, le chiffre essentiel se trouve ailleurs : le résultat net recule de 24 %, à 8,031 milliards MRU, malgré un chiffre d’affaires en légère hausse. En clair, la SNIM vend plus, transporte plus, extrait plus… mais gagne beaucoup moins.

La première faiblesse du communiqué réside dans son tri sélectif des données. On nous présente les indicateurs flatteurs, mais pas ceux qui permettraient d’évaluer sérieusement la performance réelle , coût de production par tonne, marge opérationnelle, cash-flow, niveau exact de la dette, évolution des charges, prix moyen à l’export, productivité par site ou rentabilité des investissements.

La SNIM dit que le chiffre d’affaires progresse de 2 %, porté par les volumes. Mais si le bénéfice baisse de 24 %, cela signifie que la société subit une dégradation forte de sa rentabilité.

La marge nette tombe autour de 17 % en 2025, contre environ 23 % en 2024 si l’on reconstitue les chiffres à partir de la baisse annoncée. C’est loin d’être anodin.

Le communiqué invoque la baisse des prix du minerai et la hausse des intrants. C’est vrai, mais c’est aussi une explication facile.

Déjà en 2024, la SNIM justifiait la baisse de son résultat net par les mêmes facteurs : baisse des prix, inflation et coûts de transport, avec un résultat net passé de 396 millions USD en 2023 à 268 millions USD en 2024.

La question devient donc , est-ce une conjoncture passagère ou une fragilité structurelle du modèle SNIM ?

Le communiqué parle de “montée en puissance”, mais les chiffres racontent une montée lente. En 2025, la SNIM vend 14,7 millions de tonnes, un record certes, mais à comparer aux ambitions publiques beaucoup plus vastes : porter la production à 45 millions de tonnes par an d’ici 2031, voire 80 millions à l’horizon 2045. Entre 14,7 millions et 45 millions, il y a un gouffre industriel, financier, énergétique et logistique.

La SNIM célèbre le présent, mais ne dit pas franchement comment ce saut sera financé, sécurisé et réalisé.

Sur les projets F’derick, El Aouj et Atomai, la SNIM reste dans le langage des promesses : “accélération”, “partenariats”, “travaux préliminaires”. Mais où sont les calendriers détaillés ? Les montants ? Les risques ? Les partenaires ? Les engagements contractuels ? Dire que la SNIM détient 92 % d’El Aouj et que la décision finale d’investir est prévue au second semestre, c’est important. Mais cela reste incomplet pour une entreprise qui pèse 6 % du PIB, 27 % des exportations et 10 % des recettes budgétaires de l’État selon son propre communiqué.

Le point le plus problématique est peut-être la gouvernance.

La SNIM se félicite du rattachement de l’audit interne au Comité d’audit du Conseil d’administration.

C’est positif sur le papier. Mais la vraie question est quels audits ? publiés où ? avec quelles conclusions ? Dans une société nationale aussi stratégique, la gouvernance ne doit pas être seulement interne.

Elle doit être lisible pour le citoyen, le Parlement, les travailleurs et les régions minières.

La Fondation SNIM est aussi présentée comme une preuve d’engagement social. Mais là encore, le communiqué reste très général : santé, éducation, services essentiels, développement local. Très bien. Mais combien ? Où ? Avec quels résultats ? Quel impact mesurable à Zouerate, Nouadhibou, F’derick, Choum, Atar ? Une entreprise qui extrait la richesse du sous-sol ne peut pas se contenter d’une communication sociale vague.

La SNIM donne l’image d’une entreprise solide, mais son communiqué révèle surtout une entreprise sous pression : elle vend davantage pour compenser la baisse des prix, investit lourdement pour préparer l’avenir, mais voit sa rentabilité reculer fortement.

Ce n’est pas une catastrophe, mais ce n’est pas non plus le triomphe que le texte veut suggérer.

La SNIM vend plus, gagne moins et communique mieux qu’elle ne rend des comptes.



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