Cridem

Lancer l'impression
08-02-2026

17:09

Les chefs d'Etat militaires depuis le 10 juillet 1978

Avant-propos

Selon que l'on soit civil ou militaire pour gouverner, l'important est d'être nanti de la fibre patriotique qui aboutirait à des résultats probants. En Afrique là où les Etats sont de construction fragile pour causes de considérations historiques ou d'enjeux géopolitiques, géostratégiques etc..., un militaire éclairé pourrait mieux faire qu'un civil bradé de tous les diplômes.

C'est au sortir d'une longue séance du bac de philosophie, au lycée de Rosso, un certain lundi du 10 juillet 1978, que j'ai appris le renversement du père de la Nation maître Moktar Ould Daddah (yarahmou), par un coup d'Etat militaire.

Naturellement ce n'était point une surprise, car toute entreprise humaine porte en elle-même les germes de sa propre mutation. Le pouvoir mauritanien, jadis civil, a continué de s'exercer depuis ce jour, mais en d'autres mains.

On aura beau discuté sur les causes de ce changement de régime survenu en 1978, cela n'effacera en rien la dimension sublime d'un homme qui s'est battu "contre vents et marées" afin que sa patrie, la Mauritanie, à peine sortie des sables, soit reconnue et respectée sur l'échiquier international.

Voilà que face aux éminences traditionnelles, émirs ou chefs coutumiers, au sacerdoce, aux progressistes fringués de la toge marxisante, aux nationalistes Arabes et autres irrédentistes, feu Moktar Ould Daddah a su poser la première pierre de l'édifice, cloisonné les velléités expansionnistes, endigué la contenance condescendante de ses voisins immédiats, à savoir le Maroc et le Sénégal. Si la fin de toute initiative humaine peut-être fatale pour son démiurge, reconnaissons également que les débuts difficiles et déterminants, ont été exécutés avec une surprenante dextérité.

Hélas, il eût suffit qu'un maillon de la chaîne cassât, un mois de décembre 1975, date du commencement de la guerre du Sahara, pour que, 3 ans plus tard la locomotive s'arrêtât. Alors est-il légitime de se poser la question : pourquoi Ould Daddah a été renversé par un comité militaire un 10 juillet 1978, suite aux impacts causés par la guerre du Sahara?

La convenance qui justifie le processus naturel des phénomènes nous oblige plutôt à nous poser la question sous une autre forme beaucoup plus rationnelle: disons... comment notre premier bâtisseur a-t-il perdu le pouvoir après 18 ans de "règne" sans partage? Evitons de nous embarrasser de questionnements dogmatiques qui risquent de nous renvoyer au légendaire nez de l'antique reine Egyptienne Cléopâtre.

Ex nihilo nihil (rien ne vient de rien), si le coup d'Etat a donc eu lieu en juillet 1978, c'est que c'était une nécessité, et que les circonstances l'ont voulu, puisque le roman national mauritanien devrait passer par là. Les dommages, les regrets, les adhésions et surtout les suppositions concernant ce coup d'Etat, ne sont que de la littérature subjective voire sentimentale.

A/ Son nom est Moustapha Ould Salek Ould Welaty:

En 1978, en sa qualité de chef d'Etat-Major des Forces Armées de Mauritanie, feu le colonel Moustapha Ould Salek pouvait appréhender mieux que quiconque la situation dans laquelle se débattent et la société et l'Etat mauritaniens. La préparation intellectuelle du coup d'Etat, c'est lui, la préparation matérielle, c'est lui. Cependant il y fera participer quelques hommes de confiance.

L'exécution du coup d'Etat, qui était prévue le dimanche 9 juillet lors de la réunion du PPM( Parti du Peuple Mauritanien), n'a pu avoir lieu, selon le colonel Athié Hamat. Et comme toute mission difficile, elle fût confiée aux officiers subalternes. Selon le même colonel Athié Hamat, alors capitaine et Directeur du Génie militaire en 1978, et sur son ordre, le lieutenant Mokhtar Ould Salek, a pu cueillir sans résistance aucune le premier président mauritanien de l'ère moderne, épaulé en cela par le lieutenant Moulaye Hachem, aide de camp de Ould Daddah.

Le colonel Moustapha, à partir du 10 juillet 1978 dirige un comité militaire de redressement national. C'était un officier droit, sincère, affable et surtout de bonne moralité. Mais l'exercice du pouvoir ne s'apprend ni dans les académies militaires, ni en famille, soit-elle une chefferie traditionnelle.

Aussi la modération consensuelle à elle seule ne suffit pas non plus à diligenter une politique axée sur la bonne gouvernance. Les compagnons d'Arme, tels feux Jeddou Ould Salek, Ahmed Salem Ould Sidi, Ahmedou Ould Abdallah, Cheikh Ould Boidé et autres Moulaye Ould Boukhreiss, Ould Haidallé etc..tiraient chacun la couverture à soi. De 1978 à 1979, Moustapha, pris en tenaille dans des querelles d'ego, n'a même pas eu le temps de faire l'état des lieux, qu'il est aussitôt écarté.

Après 18 ans de calme sous Moktar Ould Daddah, voici venu la prophétie du" Tambour des Sables" de l'administrateur colonial de l'Assaba, Gabriel Féral. En effet Féral a peint la société maure dès son arrivée à Kiffa en 1942, en disant que "le seul régime qui sied aux Maures, c'est l'Anarchie". C'est désormais une cascade de révolutions de palais qui émoussera l'attention des Mauritaniens de 1978 à 2005....

B/ Ahmed Ould Bouceif ou l'homme à l'épée:

Il n'était pas membre du premier comité militaire qui a renversé Moktar Ould Daddah. L'ancien ambassadeur et ministre feu Yahya Ould Menkouss, dans son livre" Le Parcours Mouvementé" nous éclaire un peu sur le caractère post mortem de feu Ahmed Ould Bouceif. Lorsque Ould Menkouss lui demanda, sans doute en tant que cousin, de s'associer au coup d'Etat en gestation contre Ould Daddah, Ahmed Ould Bouceif déclina l'offre.

Le 1er Mai 1977, lors de la grande attaque du Polisario contre la ville de Zoueratt, il parait que Ahmed Ould Bouceif s'est distingué en excellent chef de guerre. Aussi le 27 Avril 1979, en outsider, il prit la tête du comité militaire devant un parterre de képis étoilés. Malheureusement il perdit la vie le 27 Mai de la même année lors d'un voyage au Sénégal. Ahmed Ould Bouceif ou l'homme à l'épée, comme aimait bien dire le journaliste marocain Abdel Aziz Dahmani du journal "Jeune Afrique", pouvait -il sauver la Mauritanie?

En tout cas, je n'ai pas connu cet grand officier, mais tous les témoignages militent en sa faveur. Après Bouceif, le comité militaire toujours en querelles de clochers, désigna comme président, un sage parmi les sages, en la personne de feu Mohamed Mahmoud Ould Louly. Sept mois plus tard, en janvier 1980, Mohamed Khouna Ould Haidallé prend le pouvoir.

Le comité militaire se déchire, certains grands officiers vont même prendre le chemin de l'exil. Depuis 1978, la priorité ce n'était ni l'économie, ni la bonne gouvernance, encore moins le social. Et pourtant ces officiers en destituant Ould Daddah, étaient animés d'une sincérité à vouloir redresser coûte que coûte le pays après une guerre meurtrière et qui a rendu l'économie exsangue.

C/ Les quatre ans de Ould Haidallé:

Il ne fallait pas trop demander à nos officiers pionniers. Ils étaient sincères, affables, portés sur l'honneur, plutôt que sur l'argent. Certains étaient même candides et c'est le cas de l'ancien président Mohamed Khouna Ould Haidallé. Vouloir se frayer un chemin pour accéder à la modernité par un bédouin, c'est comme remettre à un tirailleur sénégalais le code d'un missile hypersonique.

En 1981, servant à Kaédi, je suis désigné par le lieutenant Niang Harouna en mission à Sélibaby, avec 3 véhicules et leurs conducteurs. Mission: passer la nuit à l'aéroport et attendre sur place....Vers 8 heures du matin une land-rover avec antenne ruban vient se placer à côté des équipages. A bord le capitaine Moulaye Hachem que je ne connaissais pas. Au moment où j'ai eu l'intention de renvoyer cet "intrus", un soldat, ancien de la guerre du Sahara me dit:" mon lieutenant, c'est le capitaine Moulaye Hachem , il dirige le CSA( Commissariat Sécurité alimentaire).

Et après lui répondis-je, on n'a pas besoin de riz ici, et je n'ai reçu aucune instruction le concernant. Avant même de finir ma phrase, un avion skyvan du Garim atterrissait, avec à son bord le président Haidallé, les membres du gouvernement, des journalistes etc...

Objectif: une visite surprise aux autorités administratives du Guidimakha. Haidallé est monté avec le capitaine Moulaye Hachen et ont filé aussitôt laissant le reste de la délégation. Je me souviens encore que ce sont feus le colonel Sidiné Ould Sidiya et Baham Ould Mohamed Laghdaf qui sont montés avec moi. Les ministres restant, tel feu Jibril Ould Abdallahi, les Directeurs tel Dieng Harouna etc ..ont emprunté les deux autres véhicules sous mon autorité. C'était le "sauve-qui-peut".

Aujourd'hui quand je fais un flash-back, je me pose toujours la question: pour quelle raison Ould Haidallé faisait-il ce genre d'" opérations coups de poing" comme on disait ? J'ai compris avec le temps que cet officier, à l'âme bédouine, n'était pas conçu pour élaborer une économie moderne, diligenter une géopolitique efficace, assainir une société. Le pouvoir de Ould Haidallé a eu un seul point positif, et surtout capital.

C'est d'avoir refusé le chant des sirènes du FMI (Fond monétaire international), un salmigondis de manœuvres secrètes destinées a postériori à maintenir les pays en développement, surtout africains, en mode "anesthésie". Enfin la politique endogène, avec sa fameuse "structure de l'éducation de masses" de Ould Haidallé n'a pas porté ses fruits, au contraire.

Au plan extérieur, la France s'est sentie lésée, voyant que Haidallé a plutôt un penchant pour les pays de l'Est, particulièrement l'Algérie. En se sentant lésée, Paris a porté son dévolu sur un officier que tout le monde croyait moderne et efficace. Il s'agit du colonel Maawiya Ould Sidahmed Taya. Le 12 décembre 1984, profitant du voyage de Ould Haidallé au sommet franco-africain de Bujumbura, Maawiya, alors chef d'Etat-Major National prend le pouvoir. Il y restera jusqu'au 3 Août 2005, soient environ 21 ans à la tête de la Mauritanie. Une longévité aux acquis mitigés, voire très mitigés.

D/ Maawiya Ould Taya: le pouvoir de l'argent prend forme:

A SUIVRE INCHA' ALLAH

ELY SIDAHMED KROMBELE.





"Libre Expression" est une rubrique où nos lecteurs peuvent s'exprimer en toute liberté dans le respect de la CHARTE affichée.

Les articles, commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité.


 


Toute reprise d'article ou extrait d'article devra inclure une référence www.cridem.org