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Immigration : une vaste opération d'Interpol permet l'arrestation de plus de 3 700 personnes accusées de trafic d'être humains
InfoMigrants -- Dans un communiqué publié lundi, l'organisation internationale de police criminelle a indiqué qu'une opération réalisée en novembre 2025 avait permis de "secourir 4 414 victimes potentielles de la traite d’êtres humains et de localiser 12 992 migrants en situation irrégulière dans 119 pays".
Au cours de cette opération menée avec de nombreuses agences partenaires, plus de 3 700 suspects ont été arrêtés, dont plus de 1 800 pour traite d’êtres humains et trafic de migrants.
C'est une opération inédite qui devrait porter un coup à de nombreux réseaux de trafic d'êtres humains.
Lundi 26 janvier, Interpol, l'organisation internationale de police criminelle, a publié un communiqué annonçant qu'une vaste opération de police avait eu lieu entre le 10 et le 21 novembre 2025. Baptisée Liberterra III, elle a conduit "à l’arrestation de 3 744 suspects, dont plus de 1 800 pour traite d’êtres humains et trafic de migrants", indique le communiqué.
L'opération s'est décliné sur tous les continents grâce à un partenariat avec des nombreux agences de police. En Afrique notamment, une collaboration des autorités de sept pays (Bénin, Burkina Faso, Congo, Côte d’Ivoire, Ghana, Sénégal et Sierra Leone) contre des réseaux de traite d'êtres humains a permis de secourir plus de 200 victimes et de démanteler de nombreux centres de recrutement et d’exploitation.
"Ces systèmes, spécifiques à l’Afrique centrale et de l’Ouest, consistent à recruter des victimes sous prétexte de travail à l’étranger, en leur facturant des 'frais de recrutement' exorbitants, puis en les forçant à recruter des amis ou des membres de leur famille en échange d’une amélioration de leurs conditions de travail", détaille Interpol.
Promesse d'un avenir meilleur
Parmi les nombreux cas de personnes victimes de ces abus, certains illustrent tout particulièrement le fonctionnement de ces réseaux qui se saisissent de leurs victimes en leur promettant un avenir meilleur.
En Espagne, par exemple, les autorités ont démantelé "un réseau criminel impliqué dans la traite de femmes à des fins d’exploitation sexuelle dans des salons de beauté et de massage à Barcelone et Marbella, et ont identifié 21 victimes. Ces femmes, majoritairement colombiennes, étaient soumises à une surveillance constante et à des abus, et contraintes de rembourser des dettes de 6 000 euros en se prostituant", souligne Interpol.
De même, au Kazakhstan, les autorités ont démantelé des réseaux de trafiquants qui forçaient les victimes à se prostituer dans de nombreux saunas et dissimulaient leurs activités "sous couvert d’un service de taxi".
Au Mali, les autorités ont, elles, identifié 47 Nigérianes "ayant été amenées dans le pays à des fins d’exploitation sexuelle".
Routes migratoires
Un autre grand volet de l'opération d'Interpol a consisté à s'attaquer aux réseaux de passeurs qui envoient des migrants en Europe de manière irrégulière. "Les autorités ont intercepté de nombreuses embarcations surchargées, prêtes à partir en mer pour des traversées très risquées avec à leur bord de grands groupes de migrants et très peu d’équipements de sécurité", souligne l'organisation policière.
Ces interceptions ont eu lieu sur les côtes sénégalaises mais aussi de Guinée Bissau, du Maroc et d'Algérie.
Interpol indique également avoir mis en place "un programme fructueux avec le secteur logistique" au Royaume-Uni, via le déploiement d'agents dans les aires de repos "afin d’interagir avec les chauffeurs routiers, d’identifier les risques, de recueillir des renseignements et d’encourager les signalements anonymes" pour intercepter les migrants entrés sur le territoire britannique à bord de camions.
Selon la chaîne britannique BBC, en 2024, plus de 5 000 exilés ont tenté de se cacher dans des véhicules pour rejoindre illégalement le Royaume-Uni. Les passages par camions sont utilisés par certains réseaux de passeurs. Mais beaucoup sont aussi des migrants désargentés qui ne peuvent pas - ou plus - se payer un passeur pour obtenir une place sur un pneumatique.
Généralement, les candidats sont soudanais. Ils patientent à des endroits stratégiques au bord de l'A16, sur des aires de parkings, ou marchent le long des voies en tentant leur chance à l'improviste.
Amjad, 17 ans, vit à Calais, dans un campement de fortune. Il avait confié en novembre 2024 à InfoMigrants avoir tenté plus de 20 fois le passage par camion. Pour lui, ce sont pas les contrôles policiers mais les altercations violentes avec certains chauffeurs routiers qui posent problème.
"Un jour, un conducteur a essayé de me rouler dessus", affirmait-il. "Une autre fois, on m’a sorti d’un véhicule avec violence, on m’a balancé par terre". Amjad rentre souvent dans son campement vers 3h du matin, épuisé par ses tentatives avortées. "Tous les jours, j’essaie. Evidemment qu’on sait que c’est risqué, mais c’est quoi l’autre option ? Les canot dans l’eau ? Vous avez de l’argent pour moi ?"