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05-10-2026

15:03

Des États-Unis au Sénégal, le parcours brisé d’un exilé mauritanien

SenePlus -- Expulsé par Washington, emprisonné en Eswatini puis renvoyé en Mauritanie, l'homme a franchi discrètement la frontière sénégalaise. Il y vit caché, dans un pays qui vient de durcir sa législation contre l'homosexualité.

« Ma vie a été bouleversée. » En une phrase, ce Mauritanien de 44 ans résume les derniers mois de sa vie. Il vivait aux États-Unis depuis plus de dix ans quand la police de l'immigration (ICE) l'a arrêté en janvier. Elle ne l'a pas renvoyé en Mauritanie, mais en Eswatini, un petit royaume d'Afrique australe dont il n'avait jamais entendu parler.

Il fait partie des exilés LGBT dont Robbie Corey-Boulet, Kristina Cooke, Ngouda Dione et Loucoumane Coulibaly ont retracé le parcours, dans une enquête publiée par Reuters le 5 octobre 2026.

En Eswatini, l'un des trois pays d'expulsion recensés par l'enquête qui criminalisent explicitement les relations homosexuelles, il a passé un mois et demi en prison, dans des locaux infestés de moustiques et sans eau chaude.

Il a fini par accepter d'être renvoyé en Mauritanie. De là, il a franchi discrètement la frontière du Sénégal, où le gouvernement vient de doubler la peine maximale encourue pour les relations homosexuelles.

Il vit désormais chez des proches, dans une localité isolée. Il cherche un pays d'Europe ou d'Asie qui accepterait de l'accueillir.

Reuters a recensé 40 migrants protégés par la justice américaine après avoir été persécutés en raison de leur orientation sexuelle, et pourtant expulsés vers des pays africains qui criminalisent l'homosexualité ou sont jugés hostiles aux personnes LGBT. Seize ont été renvoyés de force dans leur pays d'origine, et neuf se cachent dans un pays tiers.

Selon des données gouvernementales préliminaires, plus de 40 000 personnes ont été envoyées vers des pays qui ne sont pas les leurs depuis le retour de Donald Trump au pouvoir. Mardi, la Cour suprême a autorisé l'administration à poursuivre ces renvois, en attendant d'examiner le dossier en décembre.

Pour Claire Trickler-McNulty, ancienne haute responsable de l'immigration américaine, envoyer ces personnes là où elles risquent la persécution que Washington a lui-même reconnue « tourne en dérision nos systèmes de protection ». Le département de la Sécurité intérieure défend au contraire un « outil essentiel de sécurité publique », et assure que la police de l'immigration n'agit jamais en fonction de l'orientation sexuelle.



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